Défilés Automne/Hiver 2026/2027
Par
Yann Gabin pour PlaneteMode.com
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Alaia Automne/Hiver 2026/2027 par Pieter Mulier
La présentation prêt-à-porter Alaïa automne/hiver 2026-2027 demeure déconcertante par sa sobriété et son minimalisme. Peut-être un peu trop élémentaire et fondamentale à mon gout. Essayer de tendre vers le rien permet, il est vrai, d'atteindre l'identité pure de la marque. Probablement, est-ce le meilleur moyen pour Pieter Mulier de transmettre cette belle maison en clôturant ce chapitre tout en sobriété ? Après avoir été ébloui par les derniers défilés, des chefs-d'œuvre de style, ce dernier m'a laissé un peu sur ma faim. Quelle étrange idée que de choisir ce lieu exigu qu'est l'ancienne Fondation Cartier à Paris pour dévoiler cette dernière collection. Les invités étaient accolés les uns aux autres, voire debout pour certains. Peu de places, peu d'élus. Agglutinés les uns aux autres. Une proximité qui ne se prêtait guère à contempler clairement les vêtements. Cela manquait de distance, d'aération. Un second espace adjacent, presque vide cette fois, projetait, via un immense écran Led, les portraits photographiques des artisans des ateliers Alaïa, réalisés par Keizo Kitajima. Un hommage complice et explicite aux femmes et aux hommes qui donnent vie aux vêtements. N'oublions pas que la mode naît avant tout du travail des ateliers. L'invitation, reproduisant un patron en cuir à assembler, souligne aussi cette dimension artisanale du métier. Le storytelling ne célèbre pas le créateur mais l'esprit collectif qui construit une marque, une maison de couture. Sur le plan stylistique, Pieter Mulier opère un véritable retour aux fondamentaux. Là où certaines de ses précédentes collections exploraient des volumes sculpturaux, des expérimentations textiles spectaculaires ou des couleurs vibrantes, cette ultime proposition privilégie une esthétique épurée, purifiée. Cette collection automne/hiver 2026-2027 semble presque débarrassée de tout élément décoratif afin de laisser converser la construction du vêtement. Les silhouettes apparaissent comme taillées directement sur le corps des mannequins, dans une continuité parfaite avec l'héritage d'Azzedine Alaïa. Alaina Rae apparait la première avec une robe Marcel, seconde peau, couleur chair. Une sorte de Skin-Dress comme aimait le nommer Karl Lagerfeld. Les formes privilégient une taille fortement marquée, des épaules naturellement dessinées et des lignes verticales qui allongent la silhouette, comme la version plus longiligne de la robe vermillon de Maria-Carla Boscone. On privilégiera la version absinthe de Sacha Quenby plus passe-partout. Quant à celle d'Alex Consani, elle s'offre une tonalité bistre ultra classique. Les robes tubulaires en maille démontrent une maîtrise exceptionnelle de la coupe et demeurent l'élément central de la collection. Certaines sont entièrement moulantes, d'autres jouent sur le drapé ou des découpes anatomiques qui épousent les courbes sans jamais tomber dans l'excès de sensualité. On pense à la robe graphite de Libby Taverner, échancrée sur les flancs, dont les parements latéraux chutent dans un effet de volants hispaniques. La jupe de Jiahui Zhang se bâtit de deux superpositions de froufrous froissés. Idem pour la robe alcalescente de Noor Khan qui offre un florilège de volants sur la périphérie des hanches pour un final triangulaire de plissés en bas de jupe. Les vestes, parfaitement ajustées, prolongent cette idée d'une architecture souple où chaque couture participe à modeler le corps. Celle de Sarah Isaksen se pare d'un velours prune tout doux. Celle de Chloé Oh d'un imprimé crocodile chocolat. A moins qu'elle ne soit réalisée en peau véritable. A vérifier. Finalement, celle de Selena Forrest mélange et agrège un esprit veste et caban. Les manteaux affichent une coupe plus pure que spectaculaire. Ils enveloppent sans masquer la silhouette et révèlent un remarquable travail de patronage. On retiendra surtout celui porté par Saar Mansvelt Beck, de tonalité tabac, dont la forme générale, en losange, demeure spectaculaire par sa coupe. Une pièce iconique et rare. Structuré, celui de Julia Nobis figure parmi l'une des pièces les plus convaincantes grâce à son équilibre entre robustesse et fluidité. Les jupes longues, les robes colonne et les ensembles près du corps créent une impression générale de continuité et d'élégance silencieuse. Le vêtement ne cherche jamais à impressionner par l'effet mais par sa perfection technique. Les matières textiles constituent probablement la clef de cette collection. Pieter Mulier continue d'explorer les savoir-faire : les mailles ciselées, les jerseys techniques, les cuirs souples travaillés comme des étoffes, les laines compactes et les tissus extensibles offrant une liberté de mouvement exceptionnelle. Chaque matière semble dialoguer avec le corps plutôt que le contraindre. La palette chromatique reste volontairement réduite. Les noirs dominent largement, accompagnés de bruns profonds, de nuances chocolat, de violets très sombres et de quelques tonalités terreuses. Même si quelques touches vives apparaissent de-ci delà comme un rouge vif de la robe tubulaire, mi jersey, mi crocodile, de Vittoria Ceretti qui clôturera magistralement ce défilé. Cette retenue colorée renforce l'impression d'intemporalité et permet aux volumes ainsi qu'aux matières d'occuper toute l'attention. Les accessoires sont absents. Ni sacs, ni bijoux démonstratifs ne viennent détourner le regard. Le vêtement demeure l'unique protagoniste du défilé. L'inspiration principale est clairement introspective. Pieter Mulier ne cherche pas à raconter un voyage, une époque historique ou une référence culturelle spectaculaire. Il revient aux origines de la maison, à la relation intime entre le corps féminin et le vêtement. Sa note d'intention évoque une réflexion "sur et à partir du travail d'Azzedine", tout en assumant les traces personnelles qu'il laisse après cinq années de création. Cette démarche confère au défilé une dimension presque testamentaire. Ayant juste rejoint la maison milanaise Versace, le créateur belge a préféré conclure son parcours en proposant une collection d'une sobriété presque radicale, voire monacale, recentrée sur l'essence même du vocabulaire d'Azzedine Alaïa.
 

Alaia

Automne/Hiver

2026 /2027

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Alexander McQueen Automne/Hiver 2026/2027 par Sean McGirr
Déjà sa cinquième collection pour la maison McQueen. Le temps défile rapidement pour Sean McGirr. Celui qui a été décrié par la presse à sa première présentation, commence à prendre ses marques. Pas toujours simple de chercher le juste équilibre entre respect de l'héritage d'Alexander McQueen et d'affirmer de sa propre vision. Sans chercher à reproduire la théâtralité radicale, excentrique et politique de Lee Alexander McQueen, McGirr choisit une approche plus introspective, sans chichi, privilégiant le trouble, la tension intérieure et le travail des matières plutôt que le spectaculaire. Toutefois, spectaculaire ne rime pas forcément avec manque de sensibilité. Bref, les invités prennent place dans cet espace scindé de grands voilages translucides à la tonalité pêche. Ces rideaux créent des espaces semi-fermés où les silhouettes apparaissent puis, disparaissent, renforçant l'idée de voyeurisme, d'intimité et d'observation permanente. Plutôt qu'un immense podium, le dispositif rapproche les spectateurs des vêtements et privilégie une expérience immersive presque théâtrale. Conçue avec le décorateur Tom Scutt, cette scénographie constitue un élément essentiel du récit de Sean McGirr. Bebe Pharnel présente le premier modèle avec un manteau, en laine chevronnée, noir et blanc, à l'encolure bénitier, au double boutonnage. Un manteau faisant office de double emploi car pouvant endosser le rôle de robe mini-mini. Mais mimi. Sean McGirr le propose en version carbone sur Vivian Wilson, accessoirement la fille d'Elon Musk. Puis, l'une des stars du mannequinat actuel, Alex Consani se dénote avec son petit carré court, à l'accent de jus de pêche. Sa robe mastic, sans manches, col rond, se matelasse juste en dessous de la poitrine tout en absorbant des broderies florales anthracite. On affectionne sa minaudière sphérique argentée qui se ligote par un bracelet menotte. Coquin. Une robe noire, simple, et similaire à celle d'Alex Consani parait sur le podium mais en version satinée sur Zihan Qi. On remarque qu'elle tient en main un masque pouvant être l'allégorie du double visage, celui que l'on porte en société. Le tailoring demeure toujours fort présent au sein de cette collection. Il est un des impondérables de la maison McQueen car Lee Alexander McQueen avait fait ses armes à Saville Row, lieu par excellence de la création du sur-mesure de costumes pour gentlemen de la City. Les vestes affichent des épaules franches comme sur le blazer satiné, gris souris, de Sihana Shalaj. Les périphéries de manches d'un manteau en laine mouchetée chocolat peuvent prendre la configuration de "montgolfières" sur Haojie Qi. Les tailles peuvent se dessiner comme sur la chemise imprimée papier peint de Betsy Gaghan se nouant sur le nombril par un savant morceau d'étoffe intégrée à la chemise. Le travail sur les pantalons et bermudas reste captivant et canaille. Notamment, ceux qui intègrent discrètement des pseudo coques de fesses rebondies. Mais, aussi, ceux tailles basses laissant deviner de jolis séants. Un pantalon en cuir, parfois ouvert par de longues fermetures éclair, rendent hommage aux célèbres "bumsters" créés par Alexander McQueen dans les années 1990, comme vu sur le mannequin Elina Gunawardena. À côté de cet aplomb sensuel, apparaissent des mini-jupes, taille basse, inspirées de "Mary Quant" comme sur les looks deux britanniques Jacqui Hooper et Libby Bennett. Associées à des bottes montantes au genou, on peut les marier avec un perfecto en cuir taille basse, près du corps, ou par un gros pull en cotte de maille métallique tressée et argentée. Les robes oscillent entre transparence avec quelques dentelles fleuries, à l'effet lingerie, comme sur la robe corsetée et réhaussée d'un micro volant latéral sur les hanches de Sora Choi. Idem sur celles de Josefa Santos ou Yura Romaniuk. Certaines sont presque fantomatiques grâce à des superpositions d'organza et de dentelle comme la robe noir et blanc de Saar Mansvelt Beck, tandis que d'autres jouent sur des volumes plus sculpturaux comme celle architecturée de Sara Caballero. Libby Taverner demeure ravissante avec cette robe élancée en mousseline parme, nouée d'un immense nœud asymétrique à l'épaule, qui laisse entrapercevoir son corps de liane. On recouvrera une application délicate de corolles de marguerites tridimensionnelles sur le look final, robe de mariée par excellence, sur George Anderson. L'inspiration principale provient du film "Safe" (1995) de Todd Haynes, dans lequel Julianne Moore incarne une femme progressivement enfermée dans une spirale d'anxiété et de perfectionnisme. McGirr transpose cette réflexion à notre époque, dominée par les réseaux sociaux, l'hyper visibilité et la nécessité permanente de construire une image parfaite de soi. Le directeur artistique résume cette idée en évoquant une société où chacun est constamment observé, jugé et mis en scène. La collection explore ainsi la frontière entre l'intime et le public, entre la maison protectrice et le monde extérieur, entre le contrôle et la vulnérabilité. Sans chercher à rivaliser avec les défilés iconiques de Lee Alexander McQueen, il affirme progressivement une esthétique plus intime. La richesse des matières, l'excellence du tailoring et la cohérence du récit donnent naissance à de bons classiques. Si le soir manque encore parfois d'intensité et si certains looks restent plus commerciaux que révolutionnaires, McGirr prouve qu'il est désormais capable de faire évoluer l'identité de McQueen sans la trahir, en remplaçant le choc spectaculaire par une tension émotionnelle plus silencieuse mais tout aussi contemporaine. Le seul petit reproche pourrait s'incarner dans l'émotion dramatique propre aux grands défilés historiques d'Alexander McQueen qui demeure ici totalement absente. On se remémore notamment son dernier show "Plato's Atlantis" en octobre 2009. L'un des shows les plus spectaculaire, émouvant et visionnaire que j'ai vu.
 

McQueen

Automne/Hiver

2026/2027

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Balenciaga Automne/Hiver 2026/2027 par Pier Paolo Piccioli

Pour son deuxième défilé prêt-à-porter pour la maison Balenciaga, Pierpaolo Piccioli a opté pour un lieu dénué d'artifice. Un espace impersonnel pouvant accueillir pléthore de guests et de convives. Plongé dans une pénombre presque théâtrale, cette installation minimaliste composée à intervalles réguliers d'immenses rectangles en leds, tels des monolithes, permettra de projeter des vues composées de paysages et de visages humain lambda. Cette absence de décor spectaculaire concentre toute l'attention sur les silhouettes et les volumes textiles. Une mise en scène austère instaurant une atmosphère introspective, où le peu de luminosité révèle progressivement chaque vêtement comme des sculptures en mouvement. Après un premier défilé consacré à redéfinir les fondations esthétiques de Balenciaga, cette deuxième collection de prêt-à-porter confirme son appétence à réconcilier l'héritage architectural de Cristóbal Balenciaga avec une sensibilité plus romantique et émotionnelle, sans totalement renier les acquis contemporains de l'ère Gvasalia. Un clin d'œil à ce dernier avec l'injection de baskets techniques qui seront bien visibles sur le podium. Plutôt que de relater une histoire narrative, Pierpaolo Piccioli développe un discours autour de la redécouverte de la couture dans le quotidien. Son inspiration puise directement dans les archives de Cristóbal Balenciaga. Les volumes cocons, les manteaux architecturés sur Charlies Jones, Alix Bouthors ou Achol Ayor ; les lignes éloignées du corps sur les pièces oversize fuschia de Penelope Ternes ou gris acier d'Evelyn Effrim. Une recherche d'une pureté esthétique formelle. À cette base historique, Pierpaolo ajoute sa signature héritée de son passage chez Valentino avec une élégance empreinte d'émoi, une harmonie des couleurs, une attention au mouvement. Sen Samysheva, jeune ukrainienne, sera la première à fouler ce podium ombreux avec ce blouson ample et cette jupe zippée en cuir anthracite souple. Les premiers passages plébisciteront surtout le noir. Mais, on observe avec parcimonie des touches de châtaigne, tabac, whisky, ambre qui réchauffent l'atmosphère. Les premiers looks imposent immédiatement l'autorité de Pierpaolo Piccioli avec de grands manteaux enveloppants, des pantalons démesurés, un tailoring impeccable. Contrairement à Demna, qui explorait les tensions sociales, l'ironie ou la culture de rue, Pierpaolo Piccioli privilégie une approche plus tranquille. Le message se veut être en sourdine et bienveillant. Il ne cherche pas le choc visuel mais l'intemporalité. La tenue de Noor Khan, mi-chasuble mi-poncho, s'incarne dans ce cuir aussi souple qu'une mousseline. Le caban mandarine de Saliou Gueye, aux épaules légèrement tombantes, à l'encolure large, humecte totalement les lignes fondamentales de Cristobal Balenciaga. Les manteaux constituent une colonne vertébrale de cette collection. Immenses, construits comme des cocons protecteurs, ils rappellent immédiatement les recherches de Cristobal Balenciaga sur l'architecture du vêtement. Les épaules sont affirmées mais jamais agressives. Les lignes restent fluides malgré leur ampleur. On affectionne celui en cuir émeraude de Jia Yu Qing qui se maintient à la lisière des épaules. Celui de Than Mading qui d'un noir sombre se révèle en son ourlet par un camaïeu de tartan gris acier. Le caban, tartan émeraude, de Saul Symon s'octroie un col large venant s'échouer à la lisière des épaules. Quant à celui d'Achol Kuir, il se déchire, sur l'ensemble de la pièce, en langues en cachemire gris souris. Il y a de la créativité sur chaque look. La richesse de cette collection Balenciaga repose également sur la qualité exceptionnelle des matières. La laine épaisse domine les manteaux, offrant une structure presque sculpturale. Les cuirs, souples mais puissants, apparaissent sur des vestes, des manteaux et quelques accessoires. Les jerseys techniques épousent le corps avec précision, tandis que les draps de laine, les tissus double face et les gabardines permettent de construire les volumes sans les alourdir. Les tailleurs présentent une précision remarquable. On encense celui de Dana Smith dont le col surélevé frôle à peine sa nuque et son cou. Presque en lévitation. Un effet technique de patronage. Celui de Niels Veldman, veste à double boutonnage, légèrement cintrée, et pantalon cigarette, fait très "Swinging London" avec un tissu pied-de-poule extra fin. Les vestes oversize dialoguent avec des leggings ou des pantalons très fluides, rappelant discrètement l'époque Demna sans en reprendre les excès. Pierpaolo injecte deux trois parkas en jeans pour un effet streetwear comme celle d'Edoardo Duse. Les robes du final constituent probablement les moments les plus personnels du créateur. Drapées avec précision, elles semblent glisser sur le corps tout en conservant une dimension sculpturale. Awar Odhiang, avec grâce, présente une robe bustier lie de vin, nœud papillon au nombril, dont la longueur s'achève par un effet bouffant bluffant. Rouge vif, celle d'Agel Akol se capuchonne telle une Grace Jones dans le film "Dangereusement votre". De tonalité carbone, celle de Mona Tougaard dessine un joli V sur le buste, presque à la forme d'un écusson. Entièrement brodée de sequins anthracites, la robe du soir de Sihana Shalaj s'offre un bustier asymétrique au contour de pic acéré. Celle de Malin Rudnick, en mousseline crème aérienne, se pique d'une constellation géante de micros-perles argentées tel un nuage vaporeux. Athiec Geng clôture le show dans une robe longiligne, laissant découvrir une de ses hanches, dont la broderie en sequins se délimite par un noir profond jusqu'à une colonne de gris argenté afin de générer un effet d'optique original. Des robes de soirée qui expriment davantage la sensibilité de Pierpaolo Piccioli que l'héritage strict de Balenciaga. Cette collection automne/hiver 2026-2027 témoigne que Pierpaolo Piccioli ne cherche pas à révolutionner Balenciaga mais à en reconstruire patiemment les fondations. De les réorienter vers le style précis et minutieux de Cristobal Balenciaga, tout en conservant une approche contemporaine en privilégiant l'architecture, la coupe et la noblesse des matières plutôt que la provocation ou le commentaire social. Le résultat demeure un défilé d'une grande élégance, porté par des silhouettes monumentales, un tailoring remarquable et une vision plus apaisée de la maison. Si l'ensemble manque parfois d'audace ou de dramaturgie, Pierpaolo Piccioli témoigne d'une compréhension profonde de l'héritage de Cristóbal Balenciaga et laisse entrevoir une identité de plus en plus affirmée pour cette nouvelle direction artistique.

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Balenciaga

Automne/Hiver

2026/2027

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Balmain Automne/Hiver 2026/2027 par Antonin Tron

De longilignes voilages viennent s'échouer sur le sol du Palais de Tokyo, telles des vagues effleurant la grève. Une lumière, probablement de levée de soleil, vient baigner cette atmosphère cinématographique. Quelques fumigènes diffusent un embrun neigeux pour un effet brouillard matinal. Une belle ambiance pour mettre en évidence les silhouettes de l'automne/hiver 2026/2027 du directeur artistique Antonin Tron fraichement arrivé. Ce défilé Balmain marque un chapitre dans l'histoire de la maison parisienne. Car elle est sa première collection prêt-à-porter après le départ d'Olivier Rousteing. Une présentation qui ne cherche ni à effacer le passé ni à le reproduire. Antonin Tron opte à remonter aux origines, en revisitant l'héritage du fondateur Pierre Balmain. Avec un regard actuel, bien évidemment. Dès les premières silhouettes, on perçoit cette envie irrésistible de réintroduire une élégance architecturale (avec notamment de belles épaules arrondies), plus silencieuse et raffinée, fondée sur un vestiaire moins clinquant, avec des matières qualitatives et une maîtrise du savoir-faire. Les inspirations principales proviennent des archives de Pierre Balmain, des héroïnes du film noir des années 1940, du néo-noir des années 1980 et d'une féminité puissante mais retenue. Antonin Tron s'intéresse particulièrement aux silhouettes de Lauren Bacall ou Rita Hayworth, des femmes dont la sensualité naît davantage de l'attitude que de l'exubérance. Une autre référence importante apparaît dès le premier look avec une veste en cuir satiné, col cheminée, large carrure, inspirée de l'uniforme créé par Pierre Balmain pour Danielle Décuré, première femme pilote d'Air France, symbole d'émancipation féminine. La française Amélie Zalaiti endosse ce premier look, agrémenté d'un pantalon cigarette. Cette ouverture donne immédiatement le ton d'une collection célébrant l'indépendance, la confiance et l'autorité. La palette chromatique participe pleinement au récit. Le noir domine largement, accompagné de nuances profondes de kaki, de bronze, d'absinthe ou de bleu pétrole. Ces couleurs nocturnes renforcent l'univers cinématographique imaginé par Antonin Tron et soulignent les effets de lumière sur les différentes textures. Cette retenue chromatique contraste fortement avec les collections plus flamboyantes de l'ère précédente. Des silhouettes structurées, charpentées. Les épaules restent affirmées, signature historique de Balmain, mais perdent leur aspect spectaculaire au profit d'une architecture plus fluide. Comme la chemise chair de Tida Rosvall, col cheminée, se finissant par un long nœud noué à la taille. Idem pour le smoking de Yilan Hua dont la carrure demeure droite comme un I. La veste satinée carbone de Famke van Hasselt donne aussi cette impression de stature athlétique. Les tailles sont marquées sans être corsetées souvent retenue par une fine ceinture. Le travail des volumes révèle l'expérience d'Antonin Tron acquise avec sa marque Atlein. Les drapés deviennent un langage essentiel de la collection. Les robes asymétriques, les tops noués, les plis souples et les fronces maîtrisées donnent un sentiment permanent de mouvement. Un travail ardu de savant plissés se manifeste sur la robe vert absinthe de Claudia Campana dont la taille conglomère le tout en un fugace tourbillon de chiffon. La jupe chocolat de Reina Spoomaker est construite dans une superposition de plissés qui se fendille sur l'une de ses jambes. La robe de Daria Danilenko, seconde peau, englobe pleinement sa silhouette pour insuffler un look très tapis rouge des années 40. Contrairement au Balmain spectaculaire des dernières années, cette proposition privilégie la subtilité. La sensualité se construit par les lignes, les découpes plus que par l'accumulation d'ornements. L'ensemble produit une silhouette élancée, élégante et fonctionnelle, pensée pour accompagner les mouvements naturels du corps plutôt que pour les contraindre. Quelques accessoires accompagnent cette nouvelle vision sans chercher à voler la vedette aux vêtements. Notamment les lunettes noires. On aperçoit quelques sacs qui privilégient la douceur tactile, tandis que les chaussures présentent des détails raffinés comme des éléments en résine effet écaille. Les bijoux demeurent relativement discrets comme les longues chaines dorées, participant à une esthétique globale. Les matières jouent un rôle central dans cette démonstration de savoir-faire. Satin, velours, cuir souple, shearling, jacquard cloqué, dentelle, organza et jersey fluide composent une garde-robe riche en textures. Les effets crocodile, léopard ou tigre ne sont pas reproduits de manière littérale mais réinterprétés grâce à des broderies minutieuses, des mosaïques de cuir ou des perles. Certaines pièces sont recouvertes de plumes découpées à la main, rappelant la tradition de haute couture de la maison. Malgré cette richesse artisanale, l'ensemble conserve une grande sobriété visuelle, illustrant parfaitement le concept "d'opulence minimale" défendu par le créateur. La présentation Balmain automne/hiver 2026/2027 repose sur cette idée simple mais efficace : retrouver l'esprit fondateur de Balmain pour mieux le projeter dans le présent. Même si son propos semble très classique, Antonin Tron ne propose pas un exercice nostalgique. Il cherche à démontrer que les valeurs historiques de la maison, via son architecture, sa féminité, son artisanat et son élégance, demeurent parfaitement contemporaines lorsqu'elles sont interprétées avec modernité. La progression de l'obscurité vers la lumière dans la scénographie symbolise cette renaissance. Toutefois, la sophistication volontairement discrète, voire sur la retenue, de cette collection automne/hiver 2026/2027 risque de dérouter une partie de la clientèle habituée au maximalisme spectaculaire développé pendant quatorze années par Olivier Rousteing. Par conséquent, une fois ces fondements posés, espérons qu'Antonin Tron insuffle dans ces prochaines collections un peu plus de créativité, d'originalité, de fun comme aime à dire les jeunes générations.

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Balmain

Automne/Hiver

2026/2027

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Chanel Automne/Hiver 2026/2027 par Mathieu Blazy

La tombée de la nuit vient habiller discrètement la voute dentelée du Grand-Palais. Une atmosphère nocturne, propice à établir au sein de cet immense espace une ambiance cosy et bienveillante. D'immenses halos de lumière viennent caresser le set design de la maison Chanel, qui pour cet automne/hiver 2026/2027, mettent en valeur une suite de grues géantes, disséminées tout le long de ce podium atypique. Customisées par des tonalités primaires, jaune, rouge et bleu, d'autres couleurs viennent compléter ce trio avec notamment ce vert sapin et ce blanc iceberg. Un chantier en construction qui se positionne majestueusement sous le regard ébaubis des invités triés sur le volet. Captivant mais totalement disruptif que cette mise en scène mêlant matériels industriels aux futures propositions mode automne/hiver 2026/2027. Mais, n'est-ce pas la meilleure manière que de surprendre son auditoire : l'imprévu, l'inopiné ? Qui pourrait s'attendre à distinguer les nouvelles pièces vestimentaires au sein d'un terrain vague, chantier en construction ? Une probable métaphore, transposant l'idée que la maison Chanel, sous la direction de son directeur artistique, Mathieu Blazy, poursuivrait son étape de reconstruction créative. Afin d'ériger et consolider son patrimoine, avec ses codes iconiques, pour que les soubassements restent puissants et persistants. Une installation qui traduit tout autant l'idée primordiale du créateur que Chanel demeure un langage ardent, vivifiant, constamment en évolution. Stéphanie Cavalli, charmante quinquagénaire métissée, arpente la première ce podium avec un simple pullover zippé anthracite, aux mailles tressées, complémenté d'un quatuor de boutons dorés, et d'une simplissime jupe jusqu'aux genoux. Un signal fort annoncé dès le début du show exprimant ouvertement que cette mode Chanel demeure portable par tous types de femme. Un vestiaire intergénérationnel. Bhavitha Mandava, beauté indienne, accessoirement muse maison, l'escorte avec ce même gilet, de couleur crème, qui, cette fois dévale jusqu'à mi-cuisses. Un pullover comparable à ce que pourraient porter chefs de chantier et ouvriers en période hivernal. Des pièces confortables et pratique. Tout prend valeur dans le choix des matières précieuses et les finitions minutieuses. Awar Odhiang, qui avait créé, lors de la précédente collection prêt-à-porter printemps/été 2026, le buzz médiatique avec son final explosif, enfile cette fois un deux pièces marine à l'allure austère. Les escarpins, vernis, s'achèvent dans un format carré et l'iconique bout noir prend une proportion pyramidale. Les tailleur Chanel restent somme toute classique. Quelques franges viennent se déployer sur les pourtours et ourlets comme celui de Lisa Marie Mielke. Le tailleur Chanel demeure cependant la pièce centrale, sans être pour autant extrêmement réétudié. Simplement parce que Mademoiselle Gabrielle Chanel avait déjà expérimenté toutes les meilleures solutions pour accomplir la veste idéale et tant convoitée. Ici, les vestes gagnent en souplesse, parfois raccourcies, parfois volontairement allongées. Sur Noor Khan, le tailleur se recouvre d'une matière rustre et cuivrée. On ne sait pas si ce sont des perles utilisées ou bien un imbroglio de fils métalliques. L'effet métallique se décuple avec la chemise entièrement Gold. Peut-être mon look préféré de cette collection. Je remarque aussi celui d'Adeng Marial qui se couvre d'un tissu gaufré composé d'une myriade de petites roses vermillon. Tellement frais. Mathieu Blazy va jusqu'à proposer le tailleur en côte de maille métallique fluide, à l'imprimé tweed multicolore, matière tant employée par Paco Rabanne. Comme sur les mannequins Ruyu Chen, Penelope Ternes ou Kaire Kivineem. Tandis que les jupes adoptent une taille plus basse, offrant une allure plus détendue. Comme la robe/manteau immaculée de Julia Nobis, au col cheminé, intégrant parfaitement ce jeu visuel et optique. Certaines jupes ou robes pouvant offrir la ceinture au niveau mi-cuisses. Un modèle me faisant penser aux robes rectilignes de Jeanne Lanvin, allouées au milieu des années 20. Mathieu Blazy accentue sa proposition de mode en composant un travail de stylisme séduisant à travers des superpositions de manteaux enfilés sur des tailleurs, des robes en mousseline transparente sur des ensembles en tweed, des chemises masculines glissées sous des vestes couture. Des silhouettes paraissant composée avec spontanéité, comme si les looks avaient été amoncelés au fil d'une journée plutôt que minutieusement agencés. Les tweeds se composent de tartans, de lignes, de stries, de segments, aux couleurs infinies comme le turquoise, parme, gris et blanc sur le manteau de Sophia Makibdji. Un vestiaire coloré, avec pléthore de couleurs vives et pastel. Toutes se mixent pour un cocktail visuel survitaminé. Les matières constituent sans doute l'une des plus grandes réussites du défilé. Fidèle à sa réputation de virtuose des textiles, Blazy réinvente le tweed emblématique de Chanel. Celui-ci apparaît plus souple, parfois presque mousseux, enrichi de fils brillants ou de textures inattendues qui lui confèrent une modernité. Les lainages dialoguent avec des satins fluides, des mousselines aériennes, des mailles épaisses et des étoffes techniques qui rappellent discrètement le sportswear. Les contrastes de matières renforcent l'idée de transformation permanente : les tissus rigoureux côtoient des textiles presque liquides, créant un équilibre subtil entre confort et sophistication. La palette chromatique reste fidèle à l'identité de Chanel tout en s'autorisant quelques accents plus audacieux. Les noirs profonds, les blancs cassés, les beiges et les gris dominent la collection, ponctués par quelques touches de rouge, de bleu ou de jaune qui répondent visuellement aux grues monumentales du décor. Les looks de jour se mélangent aux looks du soir. Anok Yai, impériale, se dote d'une longiligne robe en mousseline anthracite, dessinant un léger volume boule à la lisière des hanches. Une parure joaillère émaillée venant élégamment entourer son cou majestueux. Idem pour la version rouge sang de Chen Yang. Les ensembles de Mary Ukech et de Wei Yiting, notamment leur imprimé, peuvent remémorer ceux de modèles de la maison Bottega Veneta lorsque Mathieu Blazy y était. Mona Tougaard s'offre une robe sans manches, effet matelassage, qui se bâtit autour d'une combinaison de fleurs identiques, en noir et blanc. La présentation s'achève avec Anne Vyatislina portant une longue robe noire, dos nu, mais maintenu par une jolie fleur de dahlia en son milieu. Le fil conducteur du défilé s'inspire d'une célèbre phrase de Gabrielle Chanel : "La mode est à la fois chenille et papillon. Soyez chenille le jour et papillon le soir". Mathieu Blazy bâtit ainsi tout son storytelling autour de la métamorphose, de la transformation, le changement. Les looks proposés escortent les divers moments de la journée et s'amusent continuellement sur les oppositions : masculin et féminin, structure et fluidité, sobriété et fantaisie, héritage et innovation. Plus qu'un simple exercice de style, cette deuxième collection prêt-à-porter témoigne d'une volonté farouche de renouveler les fondamentaux de la maison sans les altérer. Le créateur témoigne ainsi son talent pour combiner innovation textile, précision des coupes et intelligence conceptuelle. En faisant converser le jour et la nuit, le masculin et le féminin, la tradition et l'expérimentation, Mathieu Blazy livre une collection élégante, subtile et profondément ancrée dans l'air du temps, affirmant progressivement cette nouvelle identité pour Chanel.

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Chanel

Automne/Hiver

2026/2027

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Chloé Automne/Hiver 2026/2027 par Chemena Kamali

Présenté à la maison de l'Unesco, le défilé Chloé automne/hiver 2026-2027 fait l'unanimité. Baptisée "The Devotion Collection", cette collection se présente comme un hommage au geste artisanal, à la mémoire des vêtements et au lien émotionnel qui unit une femme à sa garde-robe. Selon ses notes de collection, elle souhaite célébrer "l'humanité, l'empathie et le dévouement" à travers le processus même de création. Le vêtement devient porteur de mémoire et d'émotion plutôt qu'un simple objet de consommation. D'ailleurs, il est clair que certaines tenues du podium s'inspirent pleinement de certains designs textiles de pièces vintage créées par Karl Lagerfeld, Stella McCartney ou Phoebe Philo comme les robes en mousseline légère, le poncho en laine tabac ou les ceintures argentées "chevaux galopants". Apercevoir aussi d'anciennes égéries traverser le podium comme Jessica Miller, Julia Stegner ou Raquel Zimmermann me replonge dans une époque révolue, mais loin d'être nostalgique. On apprécie le propos de Chemena Kamali qui poursuit la régénération de la maison Chloé autour d'une féminité libre, sensible et profondément romantique. Dans un contexte où la mode demeure souvent dominée par la vitesse, l'intelligence artificielle, les jugements plus ou moins fondés via les réseaux sociaux et la consommation instantanée, elle revendique une création lente, humaine et sincère. Sur le titre "Everybody's Gotta learn sometimes" du groupe The Cantamus Girls Choir, la mode Chloé de l'hiver 2026 se lance. Longilignes cheveux brumeux, nuageux, petites tresses sur le flanc, c'est sur une allure insouciante, fantaisiste, juvénile que la maison Chloé souhaite transmettre pour cette rentrée 2026. Mila Beer, bookée en exclusivité, ouvre le show. Blazer béant vert d'eau, chemise bleue layette, aux méticuleuses broderies slaves, jupe longiligne à la forme pyramidale, aux carreaux framboise, sapin et crème, c'est le look. Sans omettre les santiags en cuir naturel aux bouts pointus. Les premiers passages reflèteront le même type de looks dans divers teintes et effets de matières. Les silhouettes évoquent un univers bohème nourri de références au folklore européen, aux années 1970, un tantinet hippy, et aux costumes traditionnels. La jupe aérienne en mousseline peut être troquer par un pantalon en jeans slim ou en cuir monochrome qui s'enfile directement sur des cuissardes en mouton retourné. Exactement comme sur les looks de Noor Khan ou Chu Wong. Les ceintures marquent discrètement la taille sans casser la fluidité générale. Les accessoires demeurent relativement discrets, hormis plusieurs ceintures à boucle équestre appelées à devenir des pièces fortes de la saison. Toutefois, les pantalons restent rares, laissant la place à des jupes longues, parfois froncées, parfois plissées. Les volumes flottent autour du corps sans jamais le contraindre. Les robes maxi alternent transparence, superpositions et volants. On les apprécie monochrome, de forme pyramidale, en mousseline améthyste sur Wei Yiting, mauve sur Jacqui Hooper, à fines et discrètes rayures émeraude sur Sarah Isaksen, rubis sur Saar Mansvelt Beck et Vittoria Ceretti, saumonée sur Malin Rudnick, vanille d'Apolline Rocco Fohrer réhaussée d'une collerette en dentelle pétrole ou bleu ciel sur Marylore Heck. Les tartans ou micros-carreaux exaltés et idéalisés, un tantinet cowgirl, peuvent investir les robes aériennes de Rose Salmon (jaune et bleu), Julia Wass (rouge et crème) ou Coco Palmer (bleu nuit et vieux rose). Les blouses, à col montant, peuvent reprendre le design de plaid sur Liseth Sairys ou d'élémentaires rayures sur Grace Van Petten. Des looks qui rappellent des vêtements champêtres ou à contrario ceux d'une garde-robe victorienne. La cape kaki de Betsy Gaghan et le poncho tabac de Stella Hanan insufflent cette dimension protectrice. En forme de vagues, le poncho se matelasse délicatement sur Zhao Ziqi. Tandis que le manteau longiligne de Charlotte Boggia, en peau lainée, se donne des accents de berger de haute montagne. Celui en cuir souple anthracite de Lulu Tenney renforce cette présence hivernale de la collection. Dernièrement, celui d'Amelie Loblich enveloppe sa silhouette telle une couverture frangée dont la tonalité choisie n'est pas sans remémorer celui d'une chemise de bucheron canadien. Un duo de pullovers girly, rebrodées de délicats motifs floraux et de pompons 3D, aux tonalités vanille fraise, viennent couvrir les bustes de Chu Wong et de Victoria Fawole encapuchonnée. L'univers folk traverse définitivement toute la collection. On peut relever des références à la scène musicale californienne de la fin des années 1960, incarnée par des artistes comme Joni Mitchell ou Carole King. Cette influence se traduit par des cheveux longs naturels, des lunettes rondes, des robes bohèmes et une liberté de mouvement omniprésente. La créatrice s'éloigne légèrement des influences eighties de ses précédentes collections pour explorer une esthétique plus charnelle et artisanale. Les longues jupes en mousseline, les robes volantées, les blouses victoriennes, les capes, les ponchos et les manteaux fluides construisent un vestiaire poétique où chaque pièce semble raconter une histoire. Chemena Kamali rend désirable une mode romantique sans tomber dans le costume ou la nostalgie excessive. Les vêtements semblent faciles à intégrer dans une garde-robe contemporaine malgré leurs nombreuses références historiques. Toutefois, elle ne pourra pas séduire toutes les consommatrices, notamment celles qui recherchent un vestiaire plus urbain, plus structuré ou plus expérimental. Finalement, ce défilé s'impose comme l'un des moments les plus sensibles de la Fashion Week parisienne. Plus qu'une succession de vêtements, il propose une réflexion sur le sens même de la création de mode. Une célébration du travail humain, de la transmission et d'une féminité libre qui reste, depuis les origines de Chloé, la véritable signature de la maison.

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Chloé

Automne/Hiver

2026/2027

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Courrèges Automne/Hiver 2026/2027 par Nicolas Di Felice

Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme Courrèges pourrait être l'intitulé de ce défilé Courrèges prêt-à-porter automne/hiver 2026-2027. Le temps est le secret. Le temps demeure la clef. Plutôt que d'imaginer une héroïne futuriste, Nicolas Di Felice construit le récit d'une journée ordinaire. Avec pour bande-son une minuterie qui temporise chaque pas, chaque mouvement, pour une présentation qui se la joue métronome. Le podium, à même le sol, rectiligne, est installé dans un décor minimaliste imaginé par le scénographe Rémy Brière. Plus qu'un simple espace de présentation, il s'agit d'une pseudo rue stylisée qui prolonge le récit de cette journée parisienne. Les invités s'amoncellent élégamment sur des estrades adjacentes et contiguës permettant une excellente vue sur l'ensemble des silhouettes. Le minimalisme du décor permet de concentrer toute l'attention sur les tenues, tout en consolidant l'idée que ces vêtements appartiennent à la vie réelle plutôt qu'à un univers fantasmé, idéalisé. Cette sobriété scénographique correspond parfaitement à la philosophie de Nicolas Di Felice, qui préfère laisser parler les coupes et les matières plutôt que les effets spectaculaires. Regan Lee ouvre cette présentation avec pour fond sonore les informations matinales. La journée débute avec une oblongue robe immaculée, probablement en satin, fendue sur la jambe gauche, avec un bustier rectangulaire oversize, flottant. Un col cheminé solo vient entourer son cou. Rentre-t-elle de soirée ? Ou bien se rend t-elle à une remise de prix, un gala mondain ultra matinal ? Toutes les possibilités demeurent plausibles. En tout cas, sa journée s'annonce sous le meilleur des hospices. Le marcel neige se zippe et se brode du sigle maison, ton sur ton, sur Paula Engbert. Sa jupe prend aussi la configuration rectangulaire à la taille, toujours flottante. Les surfaces brillantes alternent avec des matières mates, créant un jeu subtil de lumière. La tonalité anthracite entre rapidement en scène avec l'adoubement de deux tops des années 2000 : un long manteau mat porté par Natasa Vojnovic et un trench verni, toujours élancé, sur Ann-Catherine Lacroix. Trop content de les revoir sur un podium. Certaines pièces semblent moulées sur le corps comme les tops "maillot une pièce" de Valery Sergeeva et de Sacha Quenby. Tandis que d'autres offrent davantage de fluidité comme le blazer Camel de Lennon Sorrenti ou l'immense manteau en laine chevronnée, à boutons pressions, de Chloé Hudson. Les quelques transparences sont utilisées avec retenue, jamais comme un simple effet de mode, mais pour renforcer cette idée du corps qui apparaît puis disparaît sous les vêtements. Comme le marcel pétrole de Lota Blaskovic ou le col roulé graphique d'Alex Consani, dont les deux poches, couleur corbeau, cachent subrepticement sa concise poitrine. La jupe crayon étrangle la taille adroitement. La qualité des finitions confirme le savoir-faire technique développé par Nicolas Di Felice depuis son arrivée chez Courrèges. La collection poursuit le travail de purification des lignes entrepris depuis plusieurs saisons. Les silhouettes sont élancées, géométriques et précises. Les tailles sont marquées sans être contraignantes, tandis que les épaules restent nettes et structurées. Les robes courtes demeurent particulièrement convaincantes. On valide celle de la française Apolline Rocco Fohrer composée de milliers de languettes en coupons de vestiaire. Un clin d'œil aux vestiaires de boites de nuit et de longues soirées passées en clubbing par Nicolas di Felice. Abby Champion, toute de noir vêtu, maintient son dos nu par une simple sangle dorsale. En version ivoirine, les découpes dévoilent la peau par fragments, créant une sensualité graphique plutôt qu'une séduction explicite, perceptible sur la longiligne robe d'Angelina Kendall qui se bâtit autour d'un duo de sangles dorsales. Des robes qui prolongent l'esprit des créations historiques d'André Courrèges sans jamais tomber dans la citation nostalgique. Les ensembles en cuir offrent également quelques-uns des moments importants de la collection grâce à leur construction impeccable. On pense au blouson droit d'Elodie Guipaud avec son imprimé crocodile et sa jupe zippée en vis-à-vis. Mais, aussi à la robe droite de Micklate Macobola qui s'édifie autour d'un fin matelassage de lignes parallèles. Les volumes demeurent contenus ; jamais exagérés, ils privilégient la mobilité du corps. Cette collection suit une femme du réveil jusqu'au retour nocturne, traversant les différents moments de sa vie sans jamais changer d'identité. Nicolas di Felice y inclut même l'iconographie du ticket de métro sur la jupe de Lotta Blaskovic ainsi que sur la robe jeune de Lulu Tenney signalant que la femme Courrège, plutôt parisienne, se déplace librement en transports en commun. Ma foi, pourquoi pas. Cette narration traduit une volonté de présenter des vêtements conçus pour accompagner une silhouette de tous les instants avec un vestiaire fonctionnel. Loin du spectaculaire, le designer privilégie une élégance sensée où chaque silhouette répond à une situation précise. Une mode qui se veut, dans les grands angles, minimaliste, un tantinet sensuel et architecturé, fidèle à l'héritage d'André Courrèges. Et, plus que jamais ancrée dans la culture contemporaine. Sous la direction artistique de Nicolas Di Felice, cette collection sera sa dernière avant un départ annoncé quelques semaines plus tard et cela après cinq années de bons et loyaux services. Toutefois, cette proposition de mode conceptualisée peut également constituer une limite. On peut regretter un manque de prise de risque, tant le vestiaire automne/hiver 2026/2027 reste dans la continuité des saisons précédentes. Les couleurs demeurent sobres, les volumes sont contenus et peu de silhouettes provoquent un véritable effet de surprise. Le parti pris conceptuel, extrêmement maîtrisé, laisse parfois peu de place à l'émotion ou à l'exubérance. Pas d'effet waouh. Toutefois, commercialement parlant l'ensemble des pièces textiles présentées sont ultra portables. Le but étant qu'elles descendant dans la rue. Non ?

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Courrèges

Automne/Hiver

2026/2027

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Dior Automne/Hiver 2026/2027 par Jonathan W. Anderson

Un gigantesque bassin, garnie d'une pléthore de nénuphars, dont certains laissant apparaitre le déploiement de fleurs rosées, vient auréoler le cœur du jardin des tuileries. Ce bassin éphémère s'agrège, à la fois, d'un podium central le traversant, suivi, en son pourtour, d'une allée à 360 degrés permettant aux mannequins de dévoiler les prochaines tenues Dior aux guests et célébrités, triées sur le volet. Une set-design donnant l'envie irrépressible d'aller se balader au sein de jardins exubérants, ou la nature serait domestiquée, apprivoisée, tout en laissant quelques hasardeux végétaux détonés par leur beauté divine. Bref, un décor momentané qui résonne avec la peinture impressionniste, calqué sur le jardin extraordinaire de Claude Monet. On pense tout de suite aux peintures des nymphéas avec les jeux de reflets sur l'eau, les fleurs, les feuillages. Baigné de lumière, ce décor fantasmé installe une ambiance reposante, contemplative, presque jouissive, où la future femme Dior pourrait devenir une flâneuse élégante plutôt qu'une héroïne théâtrale. Jonathan Anderson souhaite bâtir son récit autour d'une promenade. Il imagine les jardins des Tuileries comme un théâtre social où l'on viendrait autant pour observer que pour être vu. Cette idée rejoint les origines historiques du parc et l'importance du regard dans la mode parisienne. Le premier look, incarné par Noor Khan, se compose d'une micro veste/chandail "Bar", peinturlurée du fameux gris Dior, cloquée à souhait, et ajustée par une jupe volantée, en mousseline chantilly, couronnée par une oblongue queue de pie. La même jupe à basque se teinte de la tonalité du bassin, vert nénuphar, sur le mannequin chinois Zhao Ziqi. Quant à Mona Tougaard, toujours vêtue de la même combinaison, carbone cette fois, revêt une veste satinée, presque col Mao, réhaussée de figures en plumes d'autruches saumonées et bleutées. Laura Kaiser présente la même veste que Noor Khan, version crème, avec une touche plus juvénile et un jeans immaculé richement brodé de guirlandes de strass diamant et de quelques perles nacrées. Un jeans précieux. Les tailles restent toujours hautes et légèrement marquées. La veste, toujours à la configuration "Bar", de couleur acier, et sa jupe pyramidale rose poudrée, se composent de laine bouillie, presque feutrée, sur Athiec Genc, diffusant cet effet hyper architecturé. Charpenté. A contrario, la veste de Saar Mansvelt Beck, toute en grâce, d'un blanc lactescent, pactise avec une chantilly de fines dentelles. Mon coup de cœur. Portée avec un pantalon possiblement en tweed immaculée. Jonathan W. Anderson réinterprète donc plusieurs codes emblématiques de la maison Dior, en particulier la fameuse veste "Bar", réduite, assouplie et transformée en veste à basque contemporaine. Les jupes prennent des formes variées avec des corolles poétiques sur Wendy Garcia, volantés sur Estella Nolan, superpositions transparentes sur Achol Ayor, asymétriques sur Perus Adolwi ou plissés sur Aker Ajak. Les basques, longtemps considérées comme désuètes, probablement d'un autre temps, font leur retour sous une forme plus éthérée. Jonathan W. Anderson a laissé exploser sa créativité en œuvrant de nombreuses matières, particulièrement sophistiquées. Les tissus alternent taffetas lumineux, organza transparent, satin fluide, mousseline aérienne, dentelle délicate, tweed revisité, maille fine, velours, cuir souple, broderies florales ou applications de plumes. Certaines étoffes présentent des reflets irisés rappelant la surface d'un étang, tandis que d'autres jouent sur les transparences ou les superpositions. Le pied-de-poule, tissu iconique maison, revient sur un manteau fluide, bistre, se nouant à la taille par une longiligne ceinture sur Flavie Sammartano. Mais, aussi, sur un deux pièces dépareillées sur le mannequin français Nastassia Legrand. Les pois blancs, étoffe récurrente chez Dior, viennent graviter et habiller une robe de micros-sequins carbone sur Julia Nobis. Une longue écharpe, immaculé cette fois, viendra s'enrouler autour de son cou. Un manteau châtaigne, à la configuration smoking, se fait finalement peignoir sur le mannequin Heija Li. Les manches du manteau de Chloé Paredes peuvent prendre des allures de bicorne. Les accessoires témoignent également de son humour discret comme les sacs en forme de bogues de cacahuètes, les bijoux évoquant des nénuphars, les chaussures graphiques ou escarpins à pois venant embellir les silhouettes sans les surcharger. Le pantalon peut se faire bouffant avec une mousseline grise, recouverte de délicats pétales en plume, sur Luna Tessel ; en version pétrole sur Farida Ebene. Quant aux robes, elles oscillent entre romantisme et modernité avec des proportions volontairement décalées. Une fleur de nénuphar, immense, peut s'accrocher en broche sur le haut de l'épaule de Valery Sergeeva. En noir et blanc, la dentelle fleurie s'amuse des contrastes sur la robe alambiquée, aux formes contemporaines, de Charlies Jones. Toutefois, les robes froncés, simplissimes, font tout autant d'effet sur Yar Aguer en ivoirin ou sur Haojie Qi en rose guimauve. Une palette évoquant un jardin en fin d'été avec du vert mousse, bleu d'eau, ivoire, rose poudré, jaune beurre, lavande, gris perle, beige sable, noir profond. Toutefois, certaines silhouettes souffrent cependant d'un excès d'expérimentation. Les volumes très amples ou les basques très prononcées risquent de rester cantonnés au podium plutôt que de séduire une clientèle plus large. Idem pour certains manteaux et blazers, en peau de mouton, me semble-t-il, paraissent d'un autre âge. Un tantinet vieillot. Pareillement, cette collection automne/hiver 2026/2027 surprend moins que les créations les plus audacieuses réalisées auparavant par Jonathan W. Anderson chez Loewe. Dior n'est pas Loewe. I know. Cependant, le principal mérite de cette collection est de proposer une nouvelle lecture de l'identité Dior, sans renier son patrimoine. La qualité des coupes, la richesse des matières, la subtilité des références artistiques et la cohérence du storytelling émeuvent. La scénographie contribue pleinement à l'expérience en faisant du décor un prolongement naturel des vêtements. Le résultat apparaît comme une collection raffinée, intelligente et profondément Dior, tout en portant la signature singulière de son nouveau directeur artistique. Malgré quelques excès de volume et quelques silhouettes plus conceptuelles, le défilé constitue une réussite majeure qui installe Jonathan Anderson comme l'un des créateurs les plus influents de sa génération.

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Dior

Automne/Hiver

2026/2027

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JPG Automne/Hiver 2026/2027 par Duran Lantink
Cette deuxième présentation automne/hiver 2026/2027 de Duran Lantink pour la maison Jean-Paul Gaultier était attendue avec une impatience non dissimulée par le milieu de la mode et des acheteurs. Je dirai même avec curiosité, âpreté et voracité après le déchainement de reproches et de critiques liées à sa première présentation, au mois de septembre 2025. Probablement, un défilé mal compris. Mal interprété. Un défilé qui avait eu, peut-être la bonne ou mauvaise idée, de faire renaitre les looks juvéniles de la ligne "Junior Gaultier". Finalement, malgré cette créativité exacerbée, celui-ci avait été décrié et vendu à la vindicte populaire. Pourtant, Jean-Paul Gaultier lui-même a décelé en Duran Lantink son successeur idéal. Celui qui possède cette même folie créative et ingénieuse. Un de ces directeurs artistiques ultra doués, inventif à souhait, et excellent techniquement. Dans un espace épuré, incolore, composé de longilignes lanières en tissu opaque, au sein d'un podium tortueux, se déroule donc ce deuxième opus. Un set design minimaliste permettant de focaliser l'attention sur les nouvelles silhouettes, d'apprécier les volumes sculptés et les effets de construction imaginés par ce néerlandais. Malin. George Anderson arpente en premier ce podium avec un look de dandy totalement ténébreux. Voire de "Men in Black". Toutefois, son manteau, à la taille, s'offre un amusant drapé insufflant presque un effet miroir de la forme du col. La veste oversize parait surgonflée sur Aluel Makuach. Les manches bouffantes se drapent sur Caitlin Soetendal. La chemise d'Haojie Qi, à la carrure arc de cercle tout doux, entièrement composée de plissées à la Madame Grès, se finalise par des emmanchures aux allures de "pattes d'éléphant", proéminentes et pendantes. Les proportions vestimentaires sont à nouveau le terrain de jeu favori de Durant Lantink. Une robe aux accents militaire, avec les galons aux épaules, se cintre de baleines à la taille pour s'évaser en jupe aux multitudes plissées sur le mannequin néerlandais Marte Mei van Haaster. On remarque rapidement que Duran Lantink poursuit sa réflexion sur le genre, qui avouons-le, constitue un véritable fil conducteur de cette collection. Il l'avait extrêmement bien narré lors de son dernier défilé automne/hiver 2025/2026 pour sa marque éponyme. On se souvient notamment du top représentant une fausse poitrine en latex porté par un homme et le faux torse musclé enfilé par Mica Arganaraz. Aussi, une des références revendiquées par le directeur artistique pour cet hiver s'incarne dans le tempérament irrévérencieux de l'actrice Marlene Dietrich, icône de l'ambiguïté entre masculin et féminin. On se souvient notamment du film d'entre-deux guerres : "L'ange bleu". Même si elle parait méconnue des générations actuelles, cette comédienne allemande devient l'allégorie d'une féminité puissante, élégante et androgyne. On recouvre le visage gracieux de l'actrice, cigarette fumante à la main, imprimé sur la robe moulante d'Alex Consani. Une reprographie en noir et blanc. Toutefois, au lieu de reproduire littéralement les codes stylistiques des années 1930, Duran Lantink les déconstruit avec des costumes retournés, des cols déplacés, des vestes inversées, des silhouettes déformées et des jeux d'illusion venant brouiller les repères. Les personnages imaginés par Duran Lantink se composent aussi de banquiers, détectives, cowboys rétrofuturistes, raveuses, femmes fatales ou héroïnes "steampunk". On affectionne les tailleurs rayés dont les porte-jarretelles apparaissent par-dessus le pantalon, transformant un classique masculin en silhouette sensuelle. Le style western donne naissance à des gilets évoquant simultanément le cowboy et le costume de ville. On pense notamment au chapeau qui s'hybride dans un col S sur le look de Wali. Une veste, dont le col est entièrement déplacé vers l'avant, crée une illusion presque surréaliste, tandis qu'une robe semble flotter autour du corps grâce à des volumes suspendus. Tout ce beau monde coexiste dans un même univers où les identités se mélangent librement. Cette hybridation de "classe" interpelle directement les provocations historiques de Jean-Paul Gaultier, tout en y additionnant cette réceptivité contemporaine chère au créateur. Cette déconstruction ne relève jamais du simple effet spectaculaire. Elle traduit une réflexion sur la manière dont un vêtement transforme le corps. Les lignes deviennent presque sculpturales, rappelant parfois les recherches architecturales de la haute couture. On les observe dans un col en ellipse ; une encolure à la dimension de passerelles sur Lulu Tenney ; une taille de pantalon, en forme de vague sur Elodie Guipaud ; des zigzags, presque des traits de crayons, sur la robe d'Athiec Genc ; une sur-culotte en 3-D, forme en V, sur Luiza Perote. Les silhouettes jouent constamment l'illusion d'optique. On exalte les combinaisons "mannequin d'essai crash de voiture" reproduit sur Canlan Wang ou Neo Gregori. Le thème de la transformation demeure omniprésent avec des vêtements portés à l'envers, des silhouettes retournées, des corps redessinés, des accessoires fusionnés avec les vêtements. On applaudit les ras du cou pneu de voiture. Le message est clair : aucune identité n'est figée. Chaque silhouette semble représenter un personnage dont les vêtements évoluent sous les yeux du spectateur. Les références aux archives de Jean Paul Gaultier sont nombreuses mais jamais identiques. Lantink revisite notamment certains défilés emblématiques des années 2000 en les filtrant à travers son propre langage visuel. Quelques silhouettes paraissent davantage conçues comme des démonstrations techniques que comme des propositions réellement portables. Certaines expérimentations restent néanmoins très conceptuelles. Toutefois, l'expérimentation s'appuie sur une remarquable maîtrise du tailoring. Avec cette deuxième collection de prêt-à-porter pour Jean Paul Gaultier, Duran Lantink confirme qu'il ne cherche pas à reproduire l'héritage de la maison, mais à le déconstruire pour mieux le réinventer. Après un premier défilé qui avait divisé la critique par son exubérance, cette saison automne-hiver 2026-2027 apparaît plus maîtrisée, plus cohérente et surtout plus proche de l'esprit originel de Jean Paul Gaultier : impertinent, sensuel, théâtral et profondément expérimental. Une deuxième proposition qui trouve un équilibre entre ADN historique de la maison et vision personnelle du créateur néerlandais.
 

JPG par Lantink

Automne/Hiver

2026/2027

 
 
Givenchy Automne/Hiver 2026/2027 par Sarah Burton
Le défilé prêt-à-porter Givenchy Automne/Hiver 2026-2027 par Sarah Burton a lieu sous une immense tente installée sur le parvis des Invalides. Un décor minimaliste, noir et blanc, attend les invités. Le podium évolue dans un dédale de cheminements qui s'achève par une scène centrale se composant d'un alignement de longilignes miroirs à 360 degrés. Plus qu'un simple dispositif scénographique, ces surfaces réfléchissantes symbolise, à la fois, la multiplicité des identités féminines, mais aussi la vanité de la mode en général. Car qui aime se regarder, affectionne à se miroiter. "Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ?". Cette phrase iconique ne vous rappelle-t-elle pas celle exprimée par le personnage maléfique d'un célèbre dessin-animé. Bref, un double langage s'instaure dès le début de cette présentation avec une dualité permanente entre féminité et masculinité. Un thème récurrent au sein de nombreuses présentations prêt-à-porter cette saison. Ici, Sara Burton l'étudie en profondeur, la torture, la presse avec une ardeur folle notamment à travers une série de complets inspirés du vestiaire masculin. Quelques mannequins jouent à merveille ce rôle de "Victor" que l'on pourrait entrevoir au sein du film "Victor/Victoria". Il n'est guère question de transidentité ou de travestissement. Mais, préférablement d'offrir une silhouette qui se dédouble, pouvant évoquer les différentes facettes d'une même femme : forte, vulnérable, sophistiquée, romantique ou conquérante. On pense aux looks de Silvia Arenas, Eva Herzigova ou d'Agel Akol qui incarnent cette allure élégante de mafieux, renforçant le discours de Sarah Burton sur la complexité de la féminité contemporaine. Cette collection repose avant tout sur le travail de la coupe et du tailoring. Les premiers looks affichent une rigueur presque architecturale. Dès le premier passage, mélangeant une esthétique entre smoking et boléro, le mannequin Aker Ajak a l'honneur de présenter ce blazer classique qui, de près, montre parfaitement détails de coupes et segmentations textiles. Idem pour celle de Noor Khan. Les vestes présentent des épaules affirmées mais jamais caricaturales. Les pantalons demeurent amples et endimanchés. Des rayures tennis viennent virevolter sur le costume deux pièces de Pauline Schubach. Un foulard en cuir rouge se noue autour du cou pour une touche plus féminine. Le même complet s'autorise une jolie laine mouchetée sur le mannequin Karolin Wolter. La veste de Luiza Perotte s'achève dans une construction en V inversé. Après deux collections qui avaient posé des bases d'une esthétique somme toute classique, cette troisième proposition s'oriente vers un tailoring affirmé. Sara Burton démontre une fois de plus sa maitrise du patronage et du modelage des matières comme personne. Les vestes demeurent charpentées aux millimètres, avec des découpes complexes, réalisées au scalpel. Les manteaux sont aussi édifiés avec une précision remarquable et les tailles sont subtilement marquées comme celui de Haojie Qi dans ce bleu profond. Les formes oscillent constamment entre structure et mouvement. Les manteaux oversize sont ponctués de poches XXL en cuir qui deviennent de véritables éléments sculpturaux comme ceux de Charlies Jones en version violet électrique ou de Josephen Akuel en version bleu nuit. Le manteau de Bodine van Galen se pare d'un imprimé Léopard qui se parachève par des manches bouffantes, jaune citron. On affectionne cet imprimé félin lorsque Sarah Burton l'applique à la robe bustier d'Emeline Hoarau, fendue sur un côté, mannequin aux formes généreuses. Les chemises dévoilent des cols surdimensionnés qui s'échappent des vestes. Des encolures pouvant prendre une forme inversée comme sur les tenues de Marte Mei van Haaster ou Alina Miller. Les coiffes créées par Stephen Jones renforcent cette dimension artistique qui se composent de simples tee-shirts torsadés autour de la tête devenant des couvre-chefs sophistiqués. Démontrant ainsi que le luxe peut naître d'un geste simple lorsqu'il est parfaitement exécuté. Certaines tonalités paraissent puissantes et énergétiques avec un jaune pétant, orange vif, violet électrique, bleu ciel de tonnerre, vert émeraude qui épicent ce défilé automne/hiver 2026/2027. Pareillement, les matières participent largement à cette richesse visuelle. Le cuir paraît souple et luxueux, utilisé aussi bien sur des manteaux que sur des robes. Il est fantastique sur cette filiforme robe/cape mandarine enfilée par Yilan Hua introduisant une dimension presque cérémonielle. Un cuir magnétique sur la robe lilas, sans manches, de Canlan Wang. Le velours apporte profondeur et éclat à plusieurs silhouettes, notamment à la robe majestueuse de Sihana Shalaj, qui laisse découvrir ses jambes fuselées. Le satin duchesse offre des volumes majestueux tandis que les soies brodées enrichissent les looks du soir. C'est le cas pour la robe solennelle de Mona Tougaard, brodée d'un immense bouquet floral composé de roses anciennes, coquelicots et fleurs sauvages. La toilette champagne, à fines bretelles, nouée d'un nœud contemporain sur la poitrine de Lina Zhang, se donne des vibrations de haute-couture. La dentelle, discrètement utilisée sur certains ourlets peut s'imprimer aussi en rubans longilignes sur la robe en cuir carbone d'Amanda Murphy. Sarah Burton imagine une garde-robe capable d'accompagner toutes les dimensions de la vie des femmes. Les silhouettes strictes incarnent l'assurance professionnelle tandis que les robes fluides traduisent une liberté. Sarah Burton démontre une maîtrise exceptionnelle du tailoring, héritée de son parcours chez Alexander McQueen mais désormais débarrassée du spectaculaire gothique qui caractérisait son ancienne maison. Cette collection évolue progressivement vers davantage de fluidité. Les drapés prennent de l'ampleur, les silhouettes se relâchent et le vestiaire semble gagner en spontanéité. Il célèbre une femme complexe, puissante et sensible, capable d'embrasser toutes les contradictions de son époque. À travers cette collection automne/hiver 2026-2027, Givenchy retrouve une élégance raffinée, contemporaine et désirable, rendant un bel hommage à son fondateur, Hubert de Givenchy.
 

Givenchy

Automne/Hiver

2026/2027

 
 
Louis Vuitton Automne/Hiver 2026/2027 par Nicolas Ghesquière
C'est au sein de la cour carrée du Louvre que trônera la nouvelle présentation prêt-à-porter Louis Vuitton automne/hiver 2026/2027. Un lieu sacré pour la marque qui y défile depuis tant d'années déjà. Une place iconique ou jadis se déroulait les fashion-week parisiennes sous d'immenses tentes blanches. Notamment, dans les années 80 et 90. Avant que n'ouvrent les quatre salles intérieures du carrousel du Louvre. Toutefois, l'endroit a été réquisitionné par Nicolas Ghesquiere pour proposer sa vision précise de la mode hivernale 2026/2027 : futuriste, expérimentale, folklorique et sentimentale. Un cadre permettant toutes les fantaisies notamment avec ce set design singulier, ou le décor contemporain me fait penser à l'univers du jeu vidéo "Minecraft". Un jeu ou l'on invoque et bâtit un monde singulier dont la charte graphique s'exécute par des carrés pixelisés à souhait, rectilignes et droits comme un I. Un décor monumental évoquant aussi un paysage montagneux abstrait, conçu avec l'aide du scénographe Jeremy Hindle. Un environnement, composé de reliefs recouverts de mousse et de formes organiques, symbolisant fort probablement le chemin du fondateur de Louis Vuitton qui, pour atteindre la capitale, n'a pas hésité à faire la route à pied de son Jura natal. Un chemin initiatique et formateur. On subodore déjà une mode qui s'inscrira à la croisée de l'innovation, du patrimoine et du voyage. Irréel et chimérique, ces monticules démesurés encadrent les grandes baies vitrées, laissant apparaitre les façades du musée du Louvre d'un côté et le podium rectiligne blanc comme neige de l'autre. Un sol bleu Lapis-Lazulis incarnera, symboliquement, cette rivière sublimée et idéalisée des contrées jurassiques. Un storytelling reposant sur l'idée centrale et primordial d'un folklore universel. Aujourd'hui, l'art de voyager demeure un privilège accordé à tous. Mais, seulement pour celui qui l'ambitionnera, le convoitera. Dans l'antre volcanique, faisant office de sortie de podium, c'est Xinye Wang qui a la primeur de ce fantastique podium. Elle déambule, comme une chouette assise sur sa branche, avec un manteau utopique, aux ailes carbones. Une pièce presque capuchon. Qui recouvre outrageusement les épaules. Une carrure surdimensionnée. Sa robe, en cuir souple, semble tressée et perforée. Un look importable au quotidien pour le commun des mortels. Mais, une pièce de podium. Médiatique. Parfait pour les réseaux sociaux. Le manteau en laine Camel de Kris Krystal, presque feutrine, aux épaules proéminentes en V, incarne carrément cette veine rustique. Toujours avec cette carrure saillante, celui de Frauke Nijs, aux motifs de vaches jurassiennes, se pare d'une laine qui s'effiloche, presque angora, dans un camaïeu de blanc et noir. Les épaules sont souvent affirmées. Les manteaux prennent des volumes généreux tandis que les tailles restent relativement peu marquées. Nicolas Ghesquière ne cherche pas à reproduire exactement les costumes traditionnels d'une région précise mais à convoquer une mémoire collective du voyage, des peuples nomades et des savoir-faire artisanaux. Ces premières silhouettes captivantes, extravagantes, aux envergures gigantesques, presque inhumaines, provenant d'inspirations de peuplades moyenne-orientales, définissent exactement l'idée d'un folklore métissé. Les robes alternent entre coupes fluides et constructions sculpturales comme celles d'Ella Dalton ou de Sascha Rajasalu qui demeurent un collage textile minutieux alternant coton, laine bouillie, soie et cuir. Ces jeux de textures créent une richesse visuelle permanente sans tomber dans la surcharge. Certains looks évoquent des tentes avec des capuches "parasol" sur Minji Lee ou Nanne Groenewegen. Une autre se fait capeline protectrice sur Gabriela Nied ou ample K-Way sur Jacqui Hooper. Ces superpositions jouent un rôle essentiel avec les longues tuniques sous manteaux, les jupes associées à des bottes hautes, les vestes cropées portées sur des robes aux volumes alambiqués. L'ensemble produit une silhouette de baroudeuse d'aujourd'hui, vigoureuse mais sophistiquée, capable d'affronter l'ascension d'une montagne autant qu'une avenue de métropole. Des silhouettes qui illustrent parfaitement cette tension entre tradition et modernité. Un visuel pictural surréaliste, représentant deux agneaux se faisant face, vient s'apposer sur une mini-jupe en laine tartan de Mary Chuykova. Le tissu tartan imprègne l'ensemble du look de Song Ah Woo, mixant des tonalités ciel, lapis-lazulis, vermillon et tournesol. On l'additionne d'une chapka pour finaliser le look, chapeau en shearling rappelant certaines coiffes d'Asie centrale sans constituer des citations littérales. Les matières constituent l'un des points les plus remarquables de cette collection. Nicolas Ghesquière multiplie les contrastes entre étoffes épaisses et textiles précieux. Les lainages à carreaux, les draps de laine, les mailles épaisses, le shearling, les fourrures et les effets de fausse fourrure dominent la première partie du défilé, renforçant l'idée de protection contre le froid. Comme le corset en cuir de Peyton Cole, surmonté de fausse fourrure acier aux épaules et entourant son cou. Une sorte de super héroïne moderne. Je pense à Xena, la guerrière. À ces matières chaleureuses répondent des cuirs souples, tissus métallisés, brocards, velours, jacquards et broderies sophistiquées qui remémorent l'excellence des ateliers Louis Vuitton et de l'imagination fertile de Nicolas Ghésquière. La palette chromatique accompagne cette narration. Les noirs, gris, verts mousse, bruns et beiges évoquent les paysages naturels, tandis que les rouges profonds, bleus électriques, violets ou touches dorées viennent ponctuer les silhouettes. Ces contrastes de couleurs insufflent une dimension fantastique aux looks et consolident l'impression d'un voyage entre passé et futur. Cette collection automne/Hiver 2026/2027 Louis Vuitton par Nicolas Ghèsquière instaure un dialogue intelligent et compréhensif entre l'héritage Louis Vuitton, maison fondée sur l'art du voyage et accessoirement sa fabrication de malles, et la vision futuriste de Nicolas Ghesquiere. Les références au monde rural, aux montagnes, aux cultures pastorales et aux traditions textiles sont méthodiquement troquées par une approche architecturale propre au créateur. Toutefois, le seul hic pouvant naitre de mon esprit critique sera celui de l'appropriation culturelle et stylistique. Vague interrogation dans ce monde de plus en plus entremêlé, mélangé, amalgamé ou les sources d'inspirations se chevauchent et peuvent être puisées à bon escient. Pour finir, ce défilé Automne/Hiver 2026-2027 confirme Nicolas Ghesquière comme l'un des créateurs les plus inventifs de la mode contemporaine. Sans céder aux tendances dominantes, il construit une collection ambitieuse où le vêtement devient un objet de voyage, de mémoire et de projection vers l'avenir. Entre artisanat, expérimentation textile et scénographie immersive, Vuitton propose une vision exigeante de la féminité contemporaine : une femme libre, nomade, cultivée et prête à explorer des territoires réels autant qu'imaginaires.
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Louis Vuitton

Automne/Hiver

2026/2027

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Miu Miu Automne/Hiver 2026/2027 par Miuccia Prada
J'ai toujours été fan de la marque Miu Miu. Depuis la première heure. J'ai même été l'un de leur client lorsque la maison proposait une ligne masculine, Miu Miu Homme. C'est pour dire qu'elle faisait partie de mes labels de prédilection. Quelle tristesse lorsqu'ils ont arrêté de la produire. Aussi, cette maison excelle dans les compositions stylistiques originales et créatives, qui sortent des sentiers battus. On la vénère pour cela. Toujours en avance d'une tendance, d'une idée, d'un propos politique ou sociétale appliquée à la mode. Toutefois, cette fois, franchement, hormis les robes strassées du final, je me suis ennuyé à mourir. Plus les looks avançaient et plus je me désillusionnais. Avec un casting vraiment accablant. Le look make-up n'arrangeant rien avec un sentiment d'individus blafards, souffreteux. Même si Miuccia Prada réunit des mannequins de différentes générations et personnalités, refusant l'uniformité habituelle des podiums, les présences de Chloë Sevigny, Gemma Ward, Kristen McMenamy et Gillian Anderson donnent cependant à la présentation du caractère. Leur maturité dialogue avec celle des plus jeunes mannequins et montre que la beauté n'est pas liée à un âge unique. Ce choix renforce le message d'inclusion et d'humanité porté par la collection. Il est factuel que la marque Miu Miu ne peut innover constamment en créant des tenues avant-gardistes, chamarrés, bariolés, conceptuelles, etc… Mais, ce vestiaire pour l'automne/hiver 2026/2027 me parait répétitif à souhait, sans consistance, dénué de charme. Morne et accablant. Rien pour titiller mon esprit curieux, à part, peut-être les quelques chapkas rebrodées de cabochons. Sur les murs du conseil économique sont suspendus des lès de tissu en Liberty fleuri, fond rouge, donnant ce sentiment d'inspiration slave. Le sol évoque un sous-bois avec ce tapis de mousses et d'herbes vertes séchées. Alors, il est inévitable, après plusieurs saisons célébrant la jeunesse et les contradictions du vestiaire féminin, que Miuccia Prada opte pour un discours différent, plus introspectif. Sous le thème de la "Mindful Intimacy" ("intimité consciente"), elle invoque un vêtement qui protège, qui s'efface aussi, totalement passe-partout, témoignant que "nous sommes petits dans l'immensité du monde, mais nous sommes suffisants". Ah bon, merci de le rappeler et ce raisonnement indubitable. Effectivement, l'être humain ne peut pas être en constante réflexion. Même si pour cet hiver 2026/2027 il y avait pléthore de looks, peu semblaient transcendants et dignes d'une envie subite de faire partie de mon dressing. Kris Krystal ouvre le show avec un complet gris. Son pantalon, trop grand, lèche le sol et se fendille d'une ouverture frontale. Les manches des vestes se raccourcissent et se ceinturent juste en dessous de la poitrine comme sur celles de Ploy Chobsawang ou de Ruiqi Jaing. Les silhouettes privilégient une construction près du corps. Les robes courtes, les jupes droites, les tricots fins et les vestes vieillies donnent l'impression de vêtements déjà portés, presque familiers avec un effet élimé sur les ourlets ou les pourtours des tenues. L'actrice Chloé Sevigny porte une veste en cuir acier des plus communes mais agrégée en sa périphérie d'aplats de fausse fourrure fauve. En cela, cette pièce devient captivante et originale. Même détails sur le manteau châtaigne d'Ilyusha ou le trench acier de Yuliana Perez. Les manteaux enveloppants alternent avec des robes transparentes ou des ensembles minimalistes qui révèlent davantage la personne que le vêtement lui-même. Miuccia Prada délaisse toute démonstration de force. Préfère-t-elle une féminité plutôt fragile mais affirmée ? Les matières participent pleinement à cette narration. Le cachemire, la laine feutrée, les popelines lavées, les jerseys souples et les cuirs volontairement patinés dominent la collection. Pour un effet tout doux. Les looks, en cuir froissé, sont simplifiés comme la robe Baby Doll, col en V, rehaussé d'un petit nœud sur Sihana Shalaj. Comme le blouson cropé, près du corps, de couleur tournesol de Lou Hugues ou le trench raccourci, bordeaux, au bouton solo de Sateen Besson, accessoirement fille de Luc Besson. La fausse-fourrure s'infiltre en doublure pour un effet galons velus comme sur la parka immaculée de Xiao Wen Ju. Quelques touches de tulle, d'organza ou de broderies scintillantes viennent interrompre cette sobriété et rappellent aussi que Miu Miu demeure une maison attachée à une certaine fantaisie. Je valide le tee-shirt de Haojie Qi, en mousseline anthracite, rebrodé d'un rectangle strassé diamant sur le nombril. Idem pour celui de Canlan Wang avec un segment strassé cette fois au niveau du buste. Les robes du final demeurent d'une délicatesse aérienne avec des superpositions en mousseline beige, chair, rosé, surmontées de fines broderies fleuries et organiques dorées telles que les tenues de Kristen McMenamy ou de Gillian Anderson. La palette chromatique reste discrète avec du beige, gris, brun, kaki, prune, grenat, crème, noir et par touches disséminées quelques notes d'ocre, rose pale, saumon ou jaune fluo. On retrouve quelques inspirations pouvant évoquer le début de la maison Miu Miu dans les années 1990 avec des vêtements aux lignes simples et volontairement imparfaits. On peut y observer un goût pour le vintage avec des pièces usées et une réflexion inhérente sur la fragilité du vêtement. Il est évident que Miuccia Prada s'intéresse moins, à travers cette collection prêt-à-porter, à la séduction qu'à la relation intime entre le corps et le textile. Une approche humaniste répondant probablement aux inquiétudes contemporaines en affirmant que la douceur, la poésie et la simplicité possèdent aujourd'hui une véritable valeur. L'extrême minimalisme de certaines silhouettes peut donner une impression de répétition visuelle, notamment dans la seconde moitié du défilé. Sans effets de mode tapageurs, les amateurs d'innovation spectaculaire ou de coupes radicales pourront également juger cette proposition trop discrète. Un cru Miu Miu délesté de toutes ornementations apparentes.
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Miu Miu

Automne/Hiver

2026/2027

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Paco Rabanne Automne/Hiver 2026/2027 par Julien Dossena
Retour au sein du bâtiment de l'Unesco pour découvrir ce que nous réserve Julien Dossena pour cet automne/hiver 2026/2027. Au sein de cette salle industrielle, à l'allure retro-futuriste, qui accessoirement a déjà abrité les dernières collections Rabanne, sera accueilli les invités. Un espace sobre, fidèle à l'esthétique développée par Rabanne depuis plusieurs saisons. Cette absence de décor théâtral permet inconsciemment de recentrer l'attention sur les vêtements, les matières et le mouvement des silhouettes. Cette scénographie minimaliste accompagne parfaitement le discours du créateur qui souhaite dévoiler une garde-robe vraisemblable, plausible, juste, pouvant intégrer aisément un vestiaire de jour. Pas de déguisement ni de travestissement. Juste un charmant embellissement. Précisons que cette présentation sera l'ultime du directeur artistique maison puisque, quelques jours après sera annoncé officiellement son départ de la maison Rabanne. Après plus de treize années de règne et de loyaux services. Olivier Rousteing reprendra le flambeau dès la rentrée du mois de septembre. C'est le mannequin star du moment, Noor Khan, avec ce regard perçant et claire comme de l'eau de roche, qui ouvre cette marche rapide avec une robe fluide, ample, dans un esprit très 40, composée d'un imprimé "mouchetis" polychromes. Deux énormes boutons blancs venant maintenir un semblant d'encolure au niveau des épaules. Une chemise rétro, col fermé, à manches courtes, s'enfile juste en dessous. Une besace en cotte de maille métallique achève ce look qui pourrait sortir de cette période de l'entre-deux guerres. On imagine aisément la photographe et reporter américaine, Lee Miller, porter ce look d'une élégance innée des grandes héroïnes du XXème siècle. Les escarpins se veulent vernis et pointus, dans un trio de couleurs vitaminées. Les tartans seront l'une des matières les plus visibles avec un premier passage remarqué sur le mannequin Kris Krystal, boudeuse à souhait. Une veste chemise et jupe ample voguant dans un camaïeu beige-saumoné. La chemise, col Claudine, se porte presque entièrement ouverte, laissant deviner un probable caraco en dentelle carbone. Le look de Noor Khan, incontournable des podiums, amalgame tissus et imprimés divers faisant presque mal aux yeux. Bas acier, robe évasée, à l'imprimé de micro-gerbes fleuris, très papier peint début de siècle, pull tricoté mixant accents mauve, violet électrique et mandarine, associé à un blouson probablement en cuir châtaigne dont la doublure en fausse-fourrure se tresse de tonalités gris souris, carbone et poussin. C'est chamarré-chamarré. Sans renier l'héritage futuriste de Paco Rabanne, le directeur artistique s'éloigne des démonstrations technologiques ou spectaculaires pour proposer une vision plus humaine, instinctive et urbaine de la féminité. Intitulé "A Little Louche", Julien Dossena expérimente cette idée d'une élégance qui pourrait naître de l'imperfection, des superpositions et d'un certain désordre maîtrisé. Il l'avait déjà réalisé autrement dans de précédents défilés. Toutefois, ce vestiaire vivant, ardent, qui se décide à la dernière minute, dénote un certain état d'esprit, plutôt ouvert et extraverti. Les robes et autres pièces respirant les années 1940 évoque immédiatement la période de la guerre, de l'occupation et de la résistance. Plutôt que de copier, imiter cette décennie, Julien Dossena en extrait une idée de résilience féminine. Les robes fleuries, les imprimés Liberty, les nuisettes et les blouses anciennes deviennent les bases d'un vestiaire contemporain embelli de "sourcing" allant des années 1970 au grunge, des années 1990 aux codes historiques de Rabanne des années 60. Une sorte de fusion et de collision d'époques où chaque référence demeure volontairement décontextualisée. La silhouette générale repose sur l'art du layering. Je l'observe parfaitement sur les looks de Mahi Kabra, Dru Campbell, Xinye Wang, Marylore Heck ou Sara Caballero qui mixent robes longues en sequins portées sous des pulls épais, des manteaux en fausse fourrure, des pantalons amples Tartan, des vestes masculines ou blazers généreusement coupés. Les proportions restent souples et naturelles, sans recherche de finitions finies. Les tailles demeurent rarement marquées, privilégiant une allure fluide évoquant davantage la rue que le tapis rouge. Alix Bouthors se soumet à l'épreuve de la superposition inhabituelle du sous-pull prune rainuré, complémenté d'une chemise marronée, ajouté d'un paletot boutonné au design de vaguelettes alternant tonalités tournesol, prune, vert bouteille et neige. Sa jupe droite, au-dessous des genoux, se perfore de centaine de rivets alignés géométriquement. La quintessence de l'improbable hasard stylistique. Toutefois, ce choix volontaire de l'imperfection peut donner une impression de surcharge visuelle. Les jupes à fleurs, comme celle de Larissa Moraes, côtoient les robes métalliques emblématiques de Rabanne comme celle de Rebecca Leigh Longendyke. Tandis que les pantalons larges à carreaux comme celui d'Ella Dalton dialoguent avec des pièces scintillantes comme la robe cotte de maille de Jacqui Hooper. Certaines silhouettes mélangent trois ou quatre couches différentes, créant une impression de spontanéité étudiée. Cette accumulation donne parfois une allure improvisée, comme si les vêtements avaient été assemblés instinctivement. Une cacophonie vestimentaire maitrisée. La diversité d'offre de manteaux devient aussi un argument majeur de cette collection automne/hiver 2026/2027 avec certains plutôt longilignes, doublés de fausse fourrure comme sur Libby Taverner. D'autres se font cabans masculins élancés comme sur Finn Soutter. Suivis de trenchs rectilignes surmontés d'immense col fausse fourrure comme sur Alaina Rae qui clôtura le défilé. Dernièrement, des vestes à l'encolure colorée comme sur Amanda Murphy ou Dare Sulemana. Julien Dossena démontre une nouvelle fois sa capacité à faire évoluer les codes historiques de la maison sans les trahir. Les meilleures combinaisons demeurent celles qui parviennent à équilibrer les différents registres de la collection. Notamment, une robe fleurie des années 1940 portée sous une veste masculine contemporaine ou une maille métallisée associée à un manteau oversize illustrant parfaitement la capacité de Julien Dossena à créer des contrastes harmonieux. Une proposition mode séduisante car inattendue. La femme Rabanne de l'hiver 2026/2027 refuse les apparences trop parfaites, trop évidente. Julien Dosena propose une collection prêt-à-porter profondément ancrée dans vestiaire contemporain ou différentes décennies conversent avec naturel et spontanéité. Entre mémoire des années 1940, esprit grunge, tailoring masculin et héritage métallique, il compose une collection sensible, tactile et réaliste. Même si quelques silhouettes pâtissent d'une accumulation parfois excessive, l'ensemble séduit par sa cohérence, sa richesse textile et sa réflexion sur une féminité libre, imparfaite et résolument actuelle.
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Paco Rabanne

Automne/Hiver

2026/2027

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Prada Automne/hiver 2026/2027 par Miuccia Prada & Raf Simons

Un mannequin pour quatre actes textiles, tel sera le concept de la présentation. La collection prêt-à-porter Prada automne/hiver 2026/2027 demeure ma préférée, toutes fashion weeks confondues de cet hiver prochain. La Number One. Celle qui trône à mon firmament. Je ne suis pas fan, mais fanatique. Le concept est simplement génial, ingénieux, imaginatif et inventif. J'avoue que je n'utilise que des superlatifs, me direz-vous. Quand on aime, on ne compte pas. Quinze mannequins, chacun ayant quatre passages à un rythme effréné, se délestant d'une ou deux pièces ; une sorte d'effeuillage conceptuelle en direct live. La cabine se compose dans l'ordre alphabétique d'Achol Ayor, Alina Miller, Arna Okoto, Amanda Murphy, Anna Hoyos, Bella Hadid, Esther Kim, Fatou Kebbeh, Frauke Nijs, Julia Nobis, Kathia Nseke, Lina Zhang, Liu Wen, Noor Khan et Qin Lei. Chacune a dû galoper comme une "gazelle" afin de suivre cette cadence infernale. Une présentation qui durera moins de dix minutes, soit, chronomètre en main, moins de deux minutes trente entre deux passages. Ce procédé transforme le défilé en véritable narration visuelle, où les silhouettes évoluent progressivement sous les yeux du public. Donc, aucune place à l'amateurisme et à la moindre erreur. Un prêt-à-porter, toujours dessiné et conçu, à quatre mains, par Miuccia Prada et Raf Simons. Fidèle à son approche intellectuelle de la mode, la maison italienne propose une réflexion sur la complexité de l'identité féminine à travers un exercice de superposition, de transformation et de réinterprétation du vêtement. Plus qu'une démonstration de style, le show se construit comme une étude sur la manière dont une femme peut composer son apparence au fil d'une journée et, symboliquement, au fil de sa vie. Le défilé se déroule, comme chaque fois, à la Fondation Prada, dans un vaste espace volontairement dépouillé, recouvert d'une moquette à la tonalité ivorine. Les murs, jaune pâle, incorporent de-ci delà des persiennes, des fenêtres, des contours de cheminées pour symboliser, probablement, l'ouverture sur le monde. Ce décor minimaliste renforce, par conséquent, l'attention portée aux vêtements, avec ce rythme inhabituel du défilé. Etudions le cas précis du mannequin Julia Nobis qui ouvre le show avec un long manteau boutonné noir, droit, écharpe colorée autour du cou. Toujours avec des chaussettes plissées, légèrement tombantes et des escarpins rose bonbon, à bouts pointus. Son deuxième passage s'allège du manteau pour laisser apparaitre un pullover col roulé, tricoté et zippé, ivoire, agrémenté d'une jupe en satin ample. Troisième passage, le pullover a disparu laissant découvrir une robe au lieu d'une jupe. Le cache-nez est toujours présent et laisse apparaitre ses jolies couleurs vermillon, tournesol et mandarine. Son dernier passage affiche une robe éthérée, à la forme minimaliste, transparente et de couleur carbone, découvrant une brassière en cotonnade bleu ciel et un panty lactescent. Ce schéma minutieux sera répété quatre fois sur chacun des mannequins. La superposition constitue le véritable langage de la collection. Une veste peut masquer une robe imprimée, elle-même portée sur une jupe translucide. À mesure que les passages se succèdent, les couches disparaissent et dévoilent d'autres vêtements jusqu'alors invisibles. Cette mécanique souligne que l'élégance ne réside pas dans un look figé mais dans la capacité du vêtement à évoluer. Les looks changent selon les circonstances, les émotions, la météo ou les contraintes du quotidien. Miuccia Prada évoquait "la complexité de la vie et celle des femmes", refusant toute vision simplifiée du vestiaire féminin. Chaque passage révèle une nouvelle facette d'une même silhouette, comme si le vêtement devient une mémoire accumulée de gestes quotidiens plutôt qu'un simple objet de mode. On affectionne le trench de Frauke Nijs s'agrippant de manchettes parme tachées. Une fois débarrassée, une parka rouge vif en tissu technique, une écharpe en vison et une jupe froissée transparente font leur entrée. Hello. Puis, un gros pullover à l'allure fait main survient. Son dernier passage laisse entrevoir une simple chemise bleu ciel posée sur un semblant de caraco rouge sang. Prada oppose les textiles robustes comme des laines épaisses, gabardines, tricots volumineux à des organzas transparents, des mousselines aériennes ou des tissus brodés de cristaux. Cette confrontation entre lourdeur et légèreté génère une tension permanente. Les gros pulls zippés dialoguent avec des jupes presque immatérielles, tandis que les manteaux classiques révèlent des doublures richement décorées comme sur le manteau de Noor Khan, brodé de fines perles en verre. Les accessoires prolongent cette idée de contraste. Les bottes épaisses voisinent avec des chaussures ornées de plumes, les chaussettes fleuries apportent une note presque naïve, tandis que les sacs restent fonctionnels et discrets. L'ensemble évite tout effet spectaculaire gratuit. Chaque détail semble pensé pour enrichir le récit de la silhouette. Les formes des tenues oscillent entre protection et fragilité. Les trenchs d'Amanda Murphy et de Lina Zhang, les parkas utilitaires de Frauke Nijs et Noor Khan et les vestes de Bella Hadid et Esther Kim sont portés sur des robes légères, des jupes transparentes ou des pièces d'organza. Les tenues peuvent être élimées, tachées, usées, brulées, rappées pour diffuser ce rendu vintage. Les proportions restent volontairement ambiguës : épaules souples, longueurs midi, volumes parfois exagérés, puis soudain resserrés par une robe plus fluide. La palette chromatique demeure fidèle au vocabulaire Prada : noir, gris, brun, beige, crème et kaki dominent, ponctués de rouges profonds, rose flashy, framboise, vert fluo ou de motifs floraux inattendus. Cette saison, Prada s'est imposée comme l'un des moments les plus remarquables de la Fashion Week de Milan. Le système des silhouettes évolutives renouvelle le format traditionnel du défilé et démontre qu'une collection peut raconter une histoire sans recourir à un décor spectaculaire. La maîtrise des superpositions, la richesse des matières, l'équilibre entre fonctionnalité et poésie ainsi que la précision des coupes témoignent d'une grande maturité créative. Cette collection rappelle également que Prada reste l'une des rares maisons capables de transformer des vêtements apparemment simples en objets de réflexion sur la mode contemporaine.

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Prada

Automne/Hiver

2026/2027

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Sacai Automne/Hiver 2026/2027 par Chitose Abe

Pour le défilé Sacai Automne/Hiver 2026-2027, Chitose Abe a souhaité mixer les lignes masculines et féminines. Un événement car c'est la première fois que Sacai fusionne ses deux lignes prêt-à-porter lors d'une fashion week féminine. Est-ce un moyen de mutualiser les frais et, par conséquent faire quelque économie bienvenue en ces temps économiques compliqués. Clairement. Mais pas seulement. Probablement donner plus d'importance et de visibilité à cette ligne masculine en la faisant défiler avec celle de la femme pourrait être aussi une réponse acceptable. Alors, quel meilleur endroit que le carreau du temple pour proposer une fusion masculine-féminine avec cet espace volontairement brut, aux murs de BA13 désagrégés, évoquant un chantier en cours de rénovations. Une lignée de chaises permet un front row commun à tous ceux qui sont invités. Ce décor minimaliste présente des portes fracassées, des débris et un environnement presque industriel. Cette scénographie incarne absolument le thème de la reconstruction. Avant même que les premiers mannequins apparaissent, le spectateur déduis logiquement que les vêtements seront eux aussi le fruit d'une renaissance après la destruction. Avec un langage stylistique fondé sur l'hybridation, la déconstruction et l'expérimentation textile, Chitose Abe interroge une fois de plus la notion même de construction du vêtement masculin et féminin. Comment mettre en valeur une pièce textile élémentaire avec des formes, des amplitudes diverses et variées, des déchirures, des broderies, des matières singulières, afin d'engendrer une pièce textile à forte valeur ajoutée, différente de ce que l'on peut trouver dans un commerce lambda. La réponse vient en contemplant cette présentation. Primauté à l'homme qui ouvre la marche avec une simple chemise blanche et cravate noir dénouée. Toutefois, Alvar af Schulten à l'honneur de porter cette hybridation de pantalon et de jupe comme s'ils ne faisaient plus qu'un. Une chimère textile. Un vêtement qui brouille les frontières entre masculin et féminin, tout en modifiant l'allure, le déplacement. Peut-être, ici, le troisième genre. Ce "panta-jupe" s'accomplit dans une proportion rallongée sur Alix Bouthors dont l'androgynie, ici, est plus que travaillée. Pour une confusion des genres. Les coiffures empruntent un "Wet Look" et se plaque sur le crâne avec des mèches de-ci delà. Pas vraiment fan du hair look qui disperse cet effet huileux. Ella Dalton semble à l'aise dans ce beau manteau carbone, bien coupé. Toutefois, cette pièce donne l'impression que la partie supérieure flotte indépendamment du buste et du reste de la silhouette, créant un double effet architectural. Les premières silhouettes pourraient être presque un hommage diffus à l'univers de Yohji Yamamoto, créateur japonais iconique, tant les silhouettes, en noir et blanc, épousent incroyablement son style inimitable. La robe parachute déstructurée d'He Cong, totalement graphique, emprunte ce design de drapeau contemporain avec ses lignes blanches sur fond noir. Le look de Bebe Pharnel apparait comme un pur produit mixte. J'adore ce sweater en cuir neige, avec un zip à la poitrine et les manches qui se recouvrent d'un monceau de délicat cuir noir. Le pantalon demeure ample pour s'amenuir sur les escarpins effilés. Dispensant un effet de rotondité et bonhomie. La silhouette Sacai ne reste jamais figée mais évolue à chaque pas grâce aux découpes, aux panneaux mobiles et aux différentes couches textiles. Chitose Abe n'hésite pas à couvrir le bomber aviateur de lès en peau de mouton retournée carbone sur Jacqui Hooper. Malin Rudnick se faufile dans une veste et jupe à l'allure de fausse fourrure d'ours brun. Cela en jette. Vasilis Leidis, présente un manteau qui me rappelle étrangement la forme de celui d'une collection Prada automne/hiver 2022/2023. Ava Shipp est toute mignonne avec ce Teddy totalement Teddy Bear. Chitose Abe s'amuse aussi à disproportionner la silhouette de Rosalieke Fuchs avec cette veste/manteau dont on ne discerne pas réellement ou s'achève la veste et où commence la jupe. Des morceaux de cuir chocolat sont ajoutés sur les manches. Une parfaite réussite d'hybridation de la silhouette. Le fil conducteur de la collection repose sur cette idée simple mais puissante, casser les conventions pour inventer une nouvelle silhouette. Chitose Abe veut s'affranchir des attentes commerciales qui imposent des vêtements immédiatement identifiables ou facilement vendables. Son ambition est de créer des formes inédites, libres de toute contrainte esthétique. Un moteur qui l'habite depuis ses débuts. Elle y arrive avec brio. Les matières textiles demeurent toujours aussi prisées et importantes chez Sacai. Le tweed frangé, effilé, vient égayer les silhouettes de Diane Chiu et de Xinyue Guo. Des looks avec un esprit asymétrique notamment dans la construction des jupes. Le crochet s'invite sur des pullovers aux tonalités bigarrées sur Sailou Seck et Mikolaj Ksiezopolski. Un effet "fuite d'encre" s'applique sur les chandails de Krystof Turek et Bakary Cisse. Des broderies intègrent la chemise à carreaux de Felice Nova Noordhoff ou la cravate d'Aljan Jandarbekov. Le denim occupe une place importante grâce à une nouvelle collaboration avec Levi's. Les vestes iconiques de la marque américaine sont fusionnées avec des manteaux en laine ou des blazers, produisant des vêtements totalement nouveaux comme sur Marylore Heck, Ward Stevens, Ida Heiner ou Apolline Rocco Fohrer. Les vêtements semblent souvent composés de plusieurs pièces fusionnées comme un trench et un bomber ; un blazer et une veste en jeans ; un manteau et une veste utilitaire. La confrontation entre matières rigides et souples crée une tension permanente. Les derniers looks deviennent plus spectaculaires grâce aux constructions matelassées triangulaires et aux jupes sculpturales. Mais, aussi, grâce aux imprimés "quilts" de Jessica Ogden, ultra colorés, qui sont des pièces phares de cette collection hivernale. Comme la robe de Josefa Santos et le total look de Dare Sulemana. Des pièces pointues qui trouveront acquéreur. Cette collection automne/hiver 2026-2027 illustre parfaitement la philosophie de Chitose Abe avec pour passetemps favori : déconstruire pour mieux reconstruire. Sans renier les codes qui ont fait le succès de Sacai avec l'hybridation, les superpositions, l'innovation textile et la précision du patronage, la créatrice pousse encore plus loin sa réflexion sur la liberté des formes appliquées au corps. Le résultat est un vestiaire intellectuel mais profondément portable, où chaque pièce témoigne d'une recherche technique judicieuse. Plus qu'un simple exercice de style, ce défilé affirme qu'il est encore possible d'innover dans le prêt-à-porter en réinventant la structure même du vêtement. Malgré quelques silhouettes volontairement complexes, l'ensemble s'impose comme l'une des propositions les plus cohérentes et les plus stimulantes de la saison, confirmant Chitose Abe comme l'une des grandes architectes du vêtement contemporain.

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Sacai

Automne/Hiver

2026/2027

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Saint-Laurent Automne/Hiver 2026/2027 par Anthony Vacarello
Anthony Vacarello n'en démord pas. Il n'y a pas de présentations Saint-Laurent en dehors de ce lieu mythique qu'est celui du Trocadéro. Place avoisinant le monument le plus iconique de la capitale, la tour Eiffel. N'y a-t-il pas plus chic, plus parisien, que de dévoiler ses collections au sein de cet endroit légendaire. Tantôt décorée de fleurs blanches reproduisant le sigle majestueux YSL, tantôt bâtit autour de gigantesques monolithes en pierres grège ou tout simplement d'une large fontaine, cette place accueille, cette fois, un chapiteau cubique, entièrement vitré, ou seuls les invités et célébrités auront le privilège de découvrir en avant-première les silhouettes de la collection Saint-Laurent automne/hiver 2026/2027. Une collection qui se voudra être un moment charnière, à la fois, pour Anthony Vacarello et la maison Saint-Laurent. Parce qu'elle valide dix années de collaboration fructueuse, de dialogues mutuels, entre Anthony Vacarello et Saint-Laurent. Subséquemment, ce défilé prêt-à-porter demeure une célébration pour fêter l'anniversaire des soixante ans de l'incontournable smoking imaginé par Yves Saint Laurent lui-même. Ce cube recèle un espace cosy et chaleureux, presque un décor léché de films de parfums. Il se compose de parapets en plaques couleur chêne. Celles-ci entourent l'embrassure du backstage ou les mannequins sortiront hiératiquement, marchant très lentement. Des pavements de dalles en verre opaque diffusent cette lumière pamplemousse éclairant l'immense sigle YSL. Le plafond répand une lumière rosée qui donnera bonne mine aux sylphides du jour. Ayant appartenu à Yves Saint Laurent, un buste géant d'homme musclé, en plâtre immaculé, trône dans l'angle du podium. On se sentirait presque au sein d'un musée d'art contemporain. Les trois premiers passages seront une déclaration d'amour au smoking. Epaules tombantes, carrure millimétrées, longueurs restreintes, taille resserrée, simple boutonnage, les propositions sont diverses et variées, permettant toute fantaisie selon l'envie du moment. Le smoking demeure la pièce phare de la maison Saint-Laurent et surtout une veste emblématique, indémodable du vestiaire de la fameuse bourgeoise. Betty Catroux, muse d'Yves, avoue son attachement infime pour ce "deux pièces" qui a traversé toutes ses décennies. Dès les premiers passages, le ton est donc donné : le tailoring règne en maître. Les silhouettes sont longues, sobres et d'une précision presque architecturale. Anthony Vaccarello décramponne les excès stylistiques de saisons précédentes pour gagner une élégance plus silencieuse. Les vestes de smoking, aux épaules marquées mais jamais caricaturales, sont associées à des pantalons fluides comme sur Thalita Ferreira qui ouvre le show et Sarah Isaksen qui la suit. Toujours cette dualité permanente entre masculinité affirmée et féminité ultra sensualisée, voire sexualisée lorsque les poitrines sont apparentes sous les dentelles recouvertes ou non de latex. Les manteaux en fausse-fourrure, assez enveloppants, se gainent de nombreuses plissures et tombent avec malléabilité sur ceux d'Ouafae Rhuni, Achol Kuir ou Topsy. Avec des proportions exagérées, ils rappellent une vibration des années 1980, tout en véhiculant une dimension dramaturgique à l'ensemble. Celui-ci d'Alix Bouthors fait presque office de robe, serré à la taille comme jamais, donnant l'impression d'une mini-jupe virevoltant à chacun de ses pas. On se demande si elle porte autre chose en dessous. Des manteaux qui n'hésitent pas à s'amuser de volumes généreux sans perdre pour autant leur précision anatomique parce qu'ils s'ajustent avec minutie sur chacune des silhouettes. Les matières de la collection reposent sur un dialogue charmant entre textures opposées. Les laines de tailoring impeccablement coupées côtoient des dentelles transparentes, des jerseys fins, des nylons près du corps et des fourrures volumineuses. La dentelle devient presque un uniforme, utilisée sur des jupes, des débardeurs, des bodys ou des robes longues. Anthony Vacarello joue les contrastes chromatiques sur Noor Khan alliant une veste tabac, un body bleu pétrole et une jupe crayon fendue citrouille. A contrario, la robe décolletée, éthérée, de Mary Ukech reste totalement monochrome. Et, ça marche très bien aussi en version chamois sur Lara Menezes, brique sur Valerie Scherzinger, bleu nuit sur Libby Taverner et kaki sur Awar Odhiang. Un esprit totalement lingerie sur Binx Walton et Audrey Lees. La dentelle est utilisée avec subtilité, évitant tout effet vulgaire malgré son omniprésence. On valide le tailleur, entièrement pétrole, de Penelope Ternes qui s'accroche d'une énorme broche Dahlia au niveau du col. Pareillement, pour la robe manteau de Leticia Hall, aux cinq boutons bijoux dorés, dans une veine très Emmanuel Ungaro couture des années 80. Les jeux de dentelles semblent flotter et glisser sensuellement autour du corps de Bella Hadid, notamment avec sa jupe carbone badigeonnée d'un léger film de Latex. Bella Hadid fait un retour fracassant et triomphant sur le podium, en incarnant parfaitement cette femme Saint-Laurent, puissante et magnétique. Tanya Churbanova a l'honneur d'enfiler ce trench en pur latex chocolat qui, sans nul doute, insuffle cette connotation un tantinet coquine et exhibitionniste. Ce qui sied bien à l'univers Saint-Laurent. Anthony Vaccarello intègre quelques références aux années 1980, aux héroïnes du cinéma européen et à une certaine bourgeoisie parisienne décadente. On pense à Catherine Deneuve dans le film "Belle de jour". La palette chromatique reste cependant contenue. Peu de tonalités criardes. Le noir domine naturellement, accompagné de nuances de brun, de Camel, de châtaigne, de beige, de brique, d'orange. On notera les boucles d'oreilles "Colombe", oiseau fétiche d'Yves Saint-Laurent, qui pendent à presque toutes les oreilles. Toutefois, l'unique star de ce défilé restera le Smoking anthracite qui clôturera le défilé avec le mannequin français Loli Bahia, qui rappelons le, sera son unique défilé de la fashion week parisienne. Un héritage d'Yves Saint Laurent éclosant en 1966. On perçoit une certaine répétition, volontaire me semble-t-il, des silhouettes, pouvant insuffler une impression de monotonie. Idem pour les déclinaisons du Smoking qui finissent par manquer de surprise. Toutefois, Anthony Vaccarello ne cherche pas à raconter une histoire littérale mais à définir un vestiaire cohérent pour cet automne/hiver 2026/2027. Il convoque, probablement, une femme évoluant dans les milieux de la nuit, confiante, mystérieuse et indépendante. Le vocabulaire Saint-Laurent est totalement reconnaissable. Un vestiaire accompli et destiné à traverser les décennies plutôt qu'à suivre les tendances saisonnières. Plus qu'une simple collection, le créateur propose une réflexion sur l'identité de la maison, en privilégiant la permanence du style plutôt que la recherche de nouveautés spectaculaires.
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Saint-Laurent

Automne/Hiver

2026/2027

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Schiaparelli Automne/Hiver 2026/2027 par Daniel Roseberry
Imposant que ce podium de la présentation Schiaparelli pour cet automne/hiver 2026/2027. Un podium, en forme de U, couvert d'une surface réfléchissante anthracite, reproduisant chaque silhouette le traversant, le franchissant. Une estrade bordée d'une rampe importante d'ampoules qui n'est pas sans rappeler celles que l'on aperçoit sur le pourtour des fameuses tables de mise en beauté au sein des coulisses. Un décor cependant épuré, digne de ce que l'on pouvait voir dans les années 80, permettant de focaliser toute l'attention sur les vêtements, volumes et travail des matières. Car chacun des invités se positionne en contre bas, permettant, têtes levées, d'observer à merveille tous les détails ingénieux de chacun des modèles. Une idée simple et plein de bon sens. A quoi bon inviter si, dès le deuxième rang, personne ne peut voir les propositions mode. C'est toujours un des aspects des présentations prêt-à-porter qui m'échappent. Pourquoi déplacer des professionnels pour ne discerner qu'un bout de silhouette textile dissimulé par un premier rang. C'est de l'ordre de l'absurde, de l'humiliation ultime. Bref, l'atmosphère volontairement sobre contraste avec l'intensité des silhouettes, renforçant l'impression d'assister davantage à une exposition d'art portable qu'à un simple défilé commercial. Sombre et ténébreux, Thalita Ferreira foule avec grâce ce sol à l'effet miroitant, avec un trois pièces beige des plus classiques. Le boutonnage de son gilet demeure doré comme ceux des accoutrements militaires. L'unique trait fantaisiste de ce look d'ouverture. Un total look monochrome allant jusqu'à ses bottines. La deuxième silhouette, incarnée par Karolina Spakowski, propose une jupe bistre se s'étirant en forme de goutte d'eau à l'arrière. Un cerceau s'emboîtant au sein de l'ourlet dessinant une queue de diplodocus stylisée. L'éclairage théâtralise cette présentation Schiaparelli car chaque passage alterne ombre et lumière. Le maquillage demeure minimal et les coiffures discrètes afin de concentrer le regard sur la construction des silhouettes. Des falbalas de tissus, à la forme bénitier, viennent crayonner la robe moulante de Malin Rudnick. La tonalité beige sera à l'honneur des premiers passages. Sarah Isaksen s'enroule dans une robe mille-feuille, probablement composée de mousseline de soie, dont le design visuel emprunte la forme de strates géographiques. Ida Heiner présente une longue robe en maille qui se dégrade d'un beige vibrant vers un marron terreux. Le détail important focalise le buste avec une découpe en forme de serrure. Une tournure surréaliste usitée abondamment au sein de l'univers d'Elsa Schiaparelli. Daniel Roseberry remémore qu'Elsa Schiaparelli fut l'une des premières créatrices à considérer la mode comme un langage artistique, capable d'exprimer la psychologie, le rêve ou le surréalisme. Cette saison, plusieurs symboles historiques réapparaissent, notamment le célèbre motif de la serrure ou "keyhole", qui devient furtivement l'un des fils conducteurs de la collection. On l'aperçoit en micro-broche sur le revers du col d'un oblong manteau carbone de Stella Hanan. Idem sur la veste d'Ana Beatriz Cortes. Chez Schiaparelli, cette ouverture n'est pas seulement décorative ; elle évoque le mystère, les mondes cachés et l'accès à une autre dimension de la féminité. La poitrine, les hanches peuvent être renforcées et rembourrées comme sur le bustier de Victoria Fawole. Cette collection repose sur des silhouettes extrêmement construites. Les épaules demeurent puissantes comme avec les emmanchures, en fausse fourrure, de Gertrud Rose mais perdent leur caractère agressif des saisons précédentes avec la robe charbon de Sara Caballero qui se brode de légers segments enclosant ses épaules. Les carrures deviennent plus fluides, presque flottantes, tout en structurant la silhouette. Les vestes présentent des tailles fortement marquées tandis que les jupes crayons, les robes colonnes et les manteaux longs allongent la silhouette. Les références aux créations des années 1930 sont nombreuses mais constamment modernisées grâce à des coupes contemporaines et une construction très architecturée. Daniel Roseberry s'amuse avec les effets stylistiques et optiques des robes tricotées d'Esther Kim ou de Noor Khan. Leurs lès en laine s'accumulent et s'amoncèlent les uns sur les autres dispensant un sentiment de flottaison comme par enchantement. L'imprimé fourrure illusionne sur les tenues de Chu Wong et Gertrud Rose, contrastant avec cet immense manteau en fourrure synthétique "bison" de Taylor D. Les robes fourreaux constituent l'un des points forts de la collection. Leur simplicité apparente cache un travail complexe sur les volumes internes, les découpes anatomiques et les jeux en trompe-l'œil. Certaines robes semblent littéralement sculptées sur le corps pareillement à celle de Mona Tougaard qui s'enveloppe d'une débauche de perles et sequins couleur Jai. Idem pour la robe fourreau de Bibi Breslin, entièrement brodée de sequins carbone, gainant sa silhouette comme jamais. Presque statuaire. La robe de sirène, asymétrique, portée par Luiza Perote, projette cet effet de matière "mazoute". Une technique textile faisant penser à la technique picturale du peintre français Soulage et son ultra noir. Même technique textile pour les robes d'Awar Odhiang et de Sandra Murray qui clôtura cette présentation automne/hiver 2026/2027. L'ensemble témoigne d'une maîtrise remarquable des savoir-faire couture appliqués au prêt-à-porter. Daniel Roseberry développe également son concept de "Hard Chic", une élégance disciplinée où la rigueur des lignes contraste avec l'excentricité des détails. Cette tension entre classicisme et surréalisme constitue désormais la signature de son travail mais aussi le culte qu'il admet pour l'imagination débridée d'Elsa Schiaparelli. Plus qu'une succession de silhouettes spectaculaires, cette collection se présente comme une réflexion sur l'héritage d'Elsa Schiaparelli et sur la manière dont une maison historique peut dialoguer avec le présent sans perdre son identité. Alors que le Victoria and Albert Museum de Londres s'apprête à consacrer une grande rétrospective à la fondatrice de la maison (jusqu'à fin novembre 2026), Daniel Roseberry puise plus profondément que jamais dans les archives, non pour les reproduire, mais pour en retrouver l'esprit expérimental. Schiaparelli peut façonner un prêt-à-porter d'une grande désirabilité tout en conservant son ADN surréaliste. Plus qu'une succession de vêtements, ce défilé automne/hiver 2026/2027 affirme une vision : celle d'une femme puissante, cultivée et consciente que la mode peut encore être un véritable langage artistique.
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Schiaparelli

Automne/Hiver

2026/2027

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Valentino Automne/Hiver 2026/2027 par Alessandro Michèle

Présentée le 12 mars 2026 à Rome, la collection prêt-à-porter Valentino automne/hiver 2026-2027, intitulée "Interferenze", confirme la volonté d'Alessandro Michèle à faire dialoguer l'héritage historique de la maison avec son propre univers esthétique, baroque, romantique. Le choix du Palais Barberini, à Rome, constitue un élément primordial du récit. Ce palais baroque du XVII? siècle n'est pas utilisé comme un simple décor mais Alessandro Michèle le considère comme une architecture traversée par des forces opposées : la symétrie et le mouvement, la stabilité et la courbure, la rigueur classique et l'insolite exubérance. La richesse de ses œuvres d'arts comme les toiles Renaissance et les statues de marbre imposent un décor Rococo et exubérant. Comme l'essence même de la mode d'Alessandro Michele. Le titre "Interferenze", "interférences", désigne précisément le rendez-vous et la friction entre ces éléments opposés. Le lieu devient ainsi une allégorie de la collection : les vêtements semblent construits à partir de superpositions, de contradictions et de références historiques qui se croisent sans jamais se fondre complètement. Pour cette collection romaine, Alessandro Michèle opte pour un premier passage divulguant un long manteau en fausse-fourrure vison qui se ceinture par un joli nœud en cuir, à la taille. George Anderson semble complétement nue sous sa tenue. Liberté d'esprit italienne indubitablement. Une belle de jour romaine ? Libby Taverner porte une robe longiligne, rouge framboise évoquant l'univers Valentino, à la carrure rectiligne, ouverte jusqu'au nombril, forme en V, s'achevant par un plissé éventail, tête en l'envers. Le ras du cou s'additionne de gros cabochons colorés divers et variés. Beaucoup de bijoux à l'allure baroque. Bling-bling. Le pantalon crème de Saar Mansveldt se superpose d'une série de quelques volants. La longue jupe fendue d'Apolline Rocco Fohrer demeure totalement transparente. Mieux vaut posséder des jambes galbées et fermes. Bodine van Galen, capeline beige plissée sur des épaules rectilignes, se réhausse d'une mini-mini-jupe asymétrique citrouille. Avec un collant violine dépassant de la taille. Une idée saugrenue mais véhiculant tellement une mode dite pointue. Les silhouettes alternent entre plusieurs registres : des robes longues et fluides, des minirobes graphiques, des ensembles inspirés du tailoring masculin, des jupes étroites ou en cascade, ainsi que des vêtements aux volumes plus théâtraux. L'ensemble évoque une garde-robe construite par accumulation, comme si différentes époques conversaient simultanément. Toutefois, c'est une interprétation. Les années 1970 constituent aussi une référence prépondérante avec des pantalons ajustés comme celui en dentelle bleu nuit de Kai Schreiber ou le jeans seconde peau de Morgana Schiermeyer, à l'allure très Brooke Shield dans une publicité Calvin Klein ; des chemisiers souples comme celui en dentelle chair de Sam Leban ; des cols cheminés expressifs sur Noah Reichenberger ou Josefa Santos ; des tailles marquées sur les robes, agrémentées de larges ceintures de tissu plissé satiné, style Cummerbund, sur Linda Scolari ou Alaina Rae. Surtout des accessoires imposants, qui en jettent. Cependant, Alessandro Michèle ne cherche pas à reproduire fidèlement cette décennie. Il la transforme par un travail de superposition et par l'introduction de codes plus anciens, notamment des détails baroques, des ornements précieux et des volumes inspirés de la mode historique. Nombreux sont les looks masculins qui restent, cependant, dans une veine classique. Toutefois, ils répondent parfaitement à la ligne féminine. J'aime beaucoup la chemise liberty cuivré, col cheminé, de Joe Bottomer incluant un pantalon à pinces, ample, gris souris et baskets simples. Les silhouettes jouent fréquemment sur le contraste entre le haut et le bas du corps. Des blouses légères et transparentes sont associées à des ceintures larges ou à des tailles fortement soulignées. Certaines robes présentent des décolletés profonds comme celles de Julia Barucci laissant d'ailleurs voir sa poitrine ou de Claudia Campana, maintenue à la taille par une large ceinture en velours carbone ; tandis que d'autres privilégient des encolures plus fermées comme celles, totalement froncées, couleur grège, d'Imane Benkaddour et turquoise d'Alaina Rae. La taille devient un point de construction majeur : elle est parfois comprimée, parfois encadrée par de larges ceintures en satin inspirées du cummerbund (une écharpe portée autour de la taille), traditionnellement associé au vestiaire masculin. Cet accessoire, réinterprété au féminin, constitue l'une des idées charmantes de la collection. La palette chromatique est riche et saturée. Les rouges intenses rappellent naturellement l'identité historique de Valentino comme la robe clôturant le défilé, portée par Bebe Parnell, tandis que les magentas profonds, les orange vifs, les verts et bleus précieux, les prunes et les tons terreux composent un univers dense et chaleureux. Les couleurs ne sont pas utilisées de manière minimaliste. Elles se répliquent, se confrontent et créent des associations parfois inattendues. Cette abondance chromatique renforce le caractère émotionnel et théâtral de la collection Valentino pour cet hiver. Cette diversité donne au défilé un rythme visuel sérieux, mais peut également produire une impression de dispersion. Ne recherchant pas l'uniformité, elle fonctionne plutôt comme un ensemble d'identités différentes Ce que créait déjà Alessandro Michèle chez Gucci. Rien de très nouveau en soi. En présentant la collection automne/hiver 2026/2027 à Rome plutôt que dans le calendrier traditionnel des défilés parisiens, la maison Valentino réaffirme son lien avec la ville où la maison a été fondée par Monsieur Valentino. Malgré quelques réserves, notamment pour cette impression de "déjà vu", la collection "Interferenze" demeure brillante et visuellement puissante. Avec de nombreuses touches Couture qui, je ne suis pas certain, conviennent à la vie actuelle. Alessandro Michele propose un Valentino romantique, théâtral et profondément romain, capable de célébrer son héritage tout en acceptant les contradictions nécessaires à son évolution. Le vestiaire impressionne par la richesse de ses matières, la force de ses épaules, l'éclat de ses robes et la cohérence de son univers. Ses excès constituent, à la fois, sa plus grande qualité et sa principale limite. Malgré quelques silhouettes surchargées, le défilé témoigne d'une évolution d'Alessandro Michele qui semble progressivement trouver un équilibre entre son imaginaire maximaliste et la discipline élégante de Valentino.

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Valentino

Automne/Hiver

2026/2027

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Saison Printemps/Eté 2026
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