Défilés Printemps/Eté 2024
Par
Yann Gabin pour PlaneteMode.com
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Alexander McQueen Printemps/Eté 2024 par Sarah Burton
Anatomy II. Titre ultime, signature finale de Sarah Burton pour Alexander McQueen. Emotion sera l'unique mot qui me viendra à l'esprit pour résumer cette dernière présentation pour le Printemps/Eté 2024. Un croassement de corbeau tinte sur cette salle silencieuse. Pas un bruit. Une musique évanescente, peu joyeuse, diffuse une ambiance d'infinitude tristesse. Une mélodie qui accentue l'émotion de cette présentation comme l'une des plus importantes de la saison. Elle le sera. Au-delà du simple vêtement, il est surtout question de l'héritage. Comment est-il transmis ? Comment peut-il perdurer après la disparition d'un créateur ou d'une directrice artistique ? Comment sera t-il exploité par ses légataires ? Après trente années au service de cette maison iconique, d'abord en tant qu'assistant puis en tant que directrice artistique, Sarah Burton a souhaité définitivement tourner la page. De se délester de ce patrimoine britannique. Pour terminer en beauté, elle a mis toute son énergie créative pour dévoiler un show inoubliable. Un podium en forme de huit symbolise le concept d'infini. D'illimité. D'absolues continuités. Kaia Gerber, cheveux mouillés, tirés en arrière, escarpins eighties, en cuir verni vermillon, enfile cette robe anthracite, charpentée comme jamais. Entièrement lacée d'un fil cochenille dans le dos, ce smoking/robe s'agrémente de coups de scalpels, défaisant la cime des emmanchures, puis de manière verticale le centre du buste, dévoilant la chair diaphane de la belle californienne. Toutefois, le regard sombre de Kaia Gerber impose une solide confiance en soi. La transposition en jeans sur Lineisy Monteiro vise plutôt la jeunesse. L'italienne Vittoria Ceretti, survient de suite, avec un bustier en cuir sculptural, dont les seins se font presque coniques, et s'achevant aux hanches par des rotondités avenantes. Son oblongue jupe en maille mordorée se couple de franges horizontales ambrées qui finalement engendre une combinaison audacieuse et intrépide. La version écarlate ensanglante le podium. Comme tous les escarpins acérés. L'américaine Amanda Murphy, bouche rouge flashy, déambule dans un smoking noir et pourpre. Un duo de couleurs redondantes du style McQueen. Une combinaison de tonalité qui fonctionne toujours à merveille. Cette veste smoking s'octroie un large coup de pinceau écarlate, trait totalement aléatoire, s'achevant en ses frontières par des franges infinies. Presque comme des crins de cheval. Toutefois, ce rouge franc interpelle. Apostrophe. Il est presque sanguinolent. Indubitablement et consciemment, l'idée du lignage, de la dynastie, de l'héritage McQueen resurgit. Une couleur qui définit les combats, les lutte, la bataille que cette maison a du mener pour subsister en haut de l'échelle des maisons qui comptent. Avec brio, Sarah Burton a toujours su faire subsister cet héritage, notamment par son intelligence créative et son indéfectible fidélité à Alexander McQueen. Les smokings anthracite ont des épaules droites comme l'horizon. Hiératique, Maria-Carla Boscono enfile une interminable robe nuisette houille, sublimée par une rose pourpre démesurée, sérigraphiée, sur le buste. La même en cuir souple, sur le corps girond de Jill Kortleve, elle diffuse une facette de "Biker". Toutefois, la transposition immaculée apparait tel un trait d'union entre cette noirceur environnante et cette prospection vers une clarté certaine. Elise Crombez croise Maria-Carla Boscono dans un manteau smoking classique. Alors, que le top néerlandais Felice Nova Noordhoff voit sa veste de smoking se découper en forme pyramidales. Idem pour Sora Choi. On ponctue, à nouveau la présentation, par des pièces puissantes, asymétriques, discontinues, revalorisées d'effets de matières comme la robe fausse fourrure coquelicot sur le top chinois He Cong De franges et broderies "anatomie" sur la robe de Vilma Sjoberg. D'entrelacs et d'excroissances textiles s'entrecroisant sur le buste de Lina Zhang. De franges nacrées sur la robe en satin d'Adut Akech. De dentelle pur Gold, effet trois dimensions, sur la robe panier de Flo Nichols. La chanteuse Yseult fait une apparition dans une robe seconde peau, à la tonalité cerise, aux incrustations de dentelles d'arabesques organiques. Même matière pour Nora Attal, mais dans une combinaison léotard carboglace. Rejoice Chuol se pare d'une combinaison seconde peau entièrement rebrodée de perles et de fils d'argents, dégainant une silhouette de purs top-modèles des années 90. Le cuir, couleur pétrole, s'offre les joies d'un trench totalement strict ; d'une veste sans manches aux épaulettes trigones ; ou d'une robe à la poitrine "chapeaux pointus", à la double traine latérale. Quelques bottes prennent la conformation de voiles gonflées telle que sur Selena Forrest. Un effet venté avéré. Une pointe de vieux rose sur la robe pétale de Devyn Garcia. Toyosi Bamigboye demeure imposante dans sa robe de soirée interminable, couleur écarlate, aux accents flamenco, reconstituant presque l'obsession d'un bouton de rose ayant atteint la maturité. Karolina Spakowski apparait magistrale avec sa robe en mousseline lactescente dont le bustier éthéré s'incruste de filaments de fils argentés. Puis, Naomi Campbell clôt cette ultime présentation de Sarah Burton pour McQueen dans une robe solennelle, presque couture, entièrement rebrodée de milliers de perles tubulaires argentées. Le bustier se damasquine de perles immobiles alors que la jupe, toute en franges, permet un effet mouvant hypnotisant. Sarah Burton a engendré un petit bijou pour son ultime présentation pour la maison Alexander McQueen. Un show magnétisant de beauté qui a fasciné la salle, jusqu'aux larmes pour certains. Quand la promesse de beauté dépasse l'entendement, elle ne peut que provoquer des tonnerres d'émotions. Sur la chanson "Heros" de David Bowie, Sarah Burton est sortie, toute émue, pour saluer l'auditoire mais aussi embrasser quelques invités de choix comme Tim Blanks, Anna Wintour ou Edward Enninful. Un énorme merci à Sarah Burton pour sa précieuse contribution à l'écriture du livre de la maison McQueen.
 

McQueen

Printemps/Eté

2024

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Balenciaga Printemps/Eté 2024 par Demna Gvasalia
Demna Gvasalia affectionne la mise en scène de ses collections. Parfois théâtrale ; de temps en temps glaciale ; quelquefois naturel ; épisodiquement bourbeuse ; de temps à autre futuriste ; occasionnellement cataclysmique. Un conditionnement nécessaire permettant de cerner au plus juste le propos stylistique de ce créateur singulier. "A part" parce qu'il insuffle du sens à son œuvre. Son travail demeure bien souvent ancré dans l'actualité, l'air du temps ordonnancé par des idées ou combats politiques. Les rares interviews du créateur arborent cette détermination incessante à invalider les actes immondes (guerre en Ukraine, catastrophes climatiques, excès de la chirurgie esthétique, etc.) afin de faire réagir, à son échelle, la communauté de fidèle " modeux " sur des thématiques graves. Demna Gvasalia pourrait se définir comme un activiste dont le message politique serait retranscrit à travers sa vision de la mode et ses vêtements. Mais, cette fois, pour le printemps/été 2024, il a décidé d'une atmosphère plus feutrée, molletonnée. Un cocon théâtral. Grace à l'effet de ce rideau de velours carmin interminable. Ce podium, à la configuration d'une lettre en V, bordent des longueurs de draperies vermillon. Une atmosphère presque de cocottes parisiennes. Canaille. Le fond sonore, tout au long du défilé, s'inscrit autour d'une lecture d'Isabel Huppert, égérie maison, qui déblaie, tel un métronome, un précis de mode sur la fabrication d'une veste. Une lecture commençant par : "Chapitre 1, le corps de la veste. Préparation de la matière d'œuvre ; tracez et coupe de la matière d'œuvre ; décatissez le lainage ; repassez le lainage à la vapeur, puis séchez le bien au fer, afin d'anticiper d'éventuel rétrécissement de la matière, etc.". Cela me remémore une douce expérience à la manufacture de la Havane, ou ouvriers et ouvrières, façonnant à la main chaque cigare, écoutaient avec précision, sans un bruit, la lecture du jour. Quelle expérience extraordinaire, pour chaque invité, de devoir ouïr, sans broncher, cette étude sur la confection d'une veste, de A à Z. L'ouverture du show est une première en soi. C'est la mère du créateur qui apparait dans un trench déstructuré anthracite oversize. Presque dégoulinant sur sa frêle silhouette. Ce décor rouge sang tranche incroyablement bien avec toutes les silhouettes pétrole à venir. Les looks fusent tel un boulet de canon. Une robe en mousseline, d'allure classique, aux quelques plissés discret, se convertit en une cape élancée. Un trench beige se joue d'un aiguillage futé de manches, au mimétisme d'une pieuvre. Les escarpins poursuivent la configuration du talon aiguille et de la pointe acérée comme un bec de pygargue. Liu Wen enfile une robe ample, nouée par un discret plissé à la taille, dont les bouquets de violettes apparaissent de saison. Un look coutumier et récurrent chez Balenciaga. La même robe sur Julia Nobis demeure plus pétillante, éclatante, avec des colories pistache, ciel et mimosa. Une représentation fraiche d'une grande dame. Un casting féminin/masculin, multi-générationnel, qui semble encore rare chez les créateurs pour ne pas le mentionner. Avec des corps gironds comme ceux de Paloma Elsesser ou de la chanteuse Yseult. Nombreuses sont les lignes déstructurées, trop évasées. La journaliste de mode Cathy Horyn, rédactrice réputée du New-York Times, a accepté de défiler sur le podium. Il faut être vraiment proche du créateur, et affectionner son travail, pour décider de fouler son podium. Une sorte d'adoubement avant le compte-rendu dans la presse. On aperçoit Diane Pernet, bloggeuse et critique mode, aficionados du total look noir depuis belles lurettes, fouler ce podium rouge sang. Pareillement à son rouge à lèvre. Des masques solaires s'érigent à l'envers. Copieusement noire, cette présentation s'entrecoupe, de temps en temps, de flashs de couleur. Très peu de chair visible. Les besaces accumulent les grigris et les amulettes comme des pompons, des chaines, des clefs. Une robe en cotonnade se déchire, se troue sur l'ensemble du pourtour de l'encolure. Comme dévorées par les mites. Le blouson bombers peut s'enfiler en duo. Les baskets se portent avec un calibre XXXXL. Presque clownesque. Comme les derniers paquebots à la mode demeurant toujours plus hauts, plus grands, plus gigantesques. Comme les vestes aux épaulettes XXXXL. Mais pourquoi pas. La tendance Oversize récurrente commence à lasser, voire devenir ennuyeuse. Une mode excessivement sombre, funeste, qui répand un air de similitude à la garde robe fantasmée d'une pseudo famille Adams. Qui désire encore et, une fois de plus, enfiler ces vêtements trop volumineux à l'heure de tendances de bien-être et d'allure sportive dominante ? Toutefois, on peut envisager que cela puisse plaire aux multi-fans de la maison Balenciaga. Avec, notamment, des accessoires ordinaires assez séduisants comme le passeport portefeuille, la lunette inversée, le sac escarpin, les cabas de course aux impressions fraises, miches de pain ou céleris. Moins certain pour la pantoufle masculine agrémentée de plumes de cygnes. Pourtant, il faut être "open-mind". Un tee-shirt, seconde peau, en tulle chair, se griffe de délicats tatouages monochromes. Le pantalon Baggy se fait double-match c'est-à-dire à deux pans dissemblables. Une jupe, en denim, frôlant le sol, se superpose d'une mousseline houille éthérée. Les capuches des sweaters restent sur la tête. Comme pour se cacher. Se dissimuler des autres. Un trio de peignoirs unicolores, au couleur du drapeau français, paraissent légèrement détériorés par des brides de fils qui s'effilochent légèrement. Les propositions masculines s'enchainent les unes après les autres, juste avant les ultimes robes. Les joggings demeurent d'une simplicité déconcertante et font une silhouette super sexy. Les blousons de cuir, extra-larges, recouvrent une inspiration chère à Demna Gvasalia : celle des bikers, mi tête-brulée, mi male-alpha. Une robe bustier lactescente s'édifie autour d'un tissu type macramé, pouvant être issue d'une nappe de salle à manger. Une autre, sans manche, à la surabondance de fleurs ensoleillées, brille comme une sur nappe plastifiée. Le discours entêtant sur la construction de la veste d'Isabelle Huppert devient presque hystérique et criard. Une robe entièrement rebrodée de sequins vermillon s'inspire du costume emblématique du personnage de Dustin Hoffman dans le film "Tootsie". La version carbone s'ennoblit de franges effleurant le sol. Malgosia Bela glorifie à merveille une robe en panne de velours grenat dont l'ouverture frontale asymétrique exhibe l'une des deux jambes. Maria-Carla Boscono assume cette facette complètement ténébreuse avec une robe cintrée à la taille mais dont les volumes restent harmonieux. Les couleurs monochromes dégoulinent sur des robes déstructurées ou seconde peau avec des teintes émeraude ou dorées. Amanda Lepore, Marylin sensuelle à la démarche robotique, fait son appariation dans une robe anthracite, toute en transparence. Avec un décolleté laissant apercevoir son opulente poitrine. Sans omettre le focus sur = cette bouche rouge sang, outrageusement gonflée. La mariée, ou marié, sera incarnée par le mari de Demna Gvsalia dans une robe multicouche à la forme pyramidale. Un symbole fort pour la défense du mariage homosexuel. Une dernière note de piano mettra fin à la présentation Balenciaga Printemps/Eté 2024.
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Balenciaga

Printemps/Eté

2024

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Balmain Printemps/Eté 2024 par Olivier Rousteing
Quand la maison Balmain a prévenu, via un communiqué de presse impromptu, à seulement 10 jours de la présentation Printemps/Eté 2024, qu'une partie de sa collection lui avait été subtilisée lors d'un transit à l'aéroport Charles de Gaulle, le monde de la mode avait été abasourdi et ébahi par cette déconvenue de dernière minute. Olivier Rousteing, lui, avait été très peiné, notamment par toute cette énergie évaporée à engendrer des pièces exceptionnelles et compliquées. Toutefois, ce dernier n'est pas homme à se laisser abattre. Son énergie positive, sa détermination sans faille, son pragmatisme demeurent source de résilience. A chaque problème, ses solutions. Avec conviction et persuasion, il a lancé le défi, avec l'aide de son équipe, à recommencer le plus grand nombre de pièces manquantes pour que sa présentation soit digne de la fashion-week parisienne. Même si toutes les pièces n'ont pu être achevées à temps, notamment celles en jean, le défilé à été programmé, en temps et en lieu. Dans la salle majestueuse du palais de Chaillot, un immense rideau bleu céleste entoure cet espace majestueux et solennel. Un écrin bleu céruléen souvent associé à l'apaisement, la confiance et la stabilité. Il fallait tous ça à Olivier Rousteing pour enfanter cette collection singulière. Une robe smoking anthracite, col incolore, s'enorgueillit de boutons dorés estampillés en forme de corolles de roses. La jupe s'emboîte sur la veste, laissant apparaitre un décolleté béant jusqu'au nombril. Une pièce classico-sensuelle. Une seconde robe convoque l'apparence d'un maillot une pièce, se carénant aux hanches par des courbures dites de paniers. Accentuant les rondeurs du décent fessier. Une silhouette à la Kim Kardashian, amie de longue date d'Olivier Rousteing. Une ligne fabuleuse et présente tout le long de la présentation. Un sac, en cuir mastic, s'embellit, en sa périphérie, de corolles florales, ton sur ton. Une besace bouquet prend la configuration de seau et s'agrippe juste sous le bras. Porté comme une baguette. La fleur demeure le trait d'union entre chaque tenue de la maison Balmain. La fleur va être traitée avec honneur, en tentant de gommer ce présupposé désuet. Une fleur de nos jours. Au gout du jour. Les premiers passages restent dans une dominante de noir, avec une déclinaison certifiée de looks inspirés du smoking. On ouvre avec un décolleté en V. On ajoute des épaulettes type pagode. On suspend une chute de fleurs. On l'allie avec jupe qui se fait parapluie ou une jupe à pois, en mousseline plissée, trainant à terre. La veste peut se cintrer, s'additionnant d'un corsaire dont les ourlets se déploient au dessus des genoux. L'utilisation de tonalités sombres initie souvent une forme de conservatisme que les clientes recherchent et valident continuellement. Que les maisons de luxe affectionnent car elles sont des couleurs refuge. Intemporelle. Une veste champagne s'évade vers un univers Chanelissant. Soulignement des quatre poches frontales par un gros grain ébène. Col en V maintenu par un bouton doré solo, au nombril. Une construction de lignes droites pour un effet charpenté, architecturé évident. Une seconde veste, presque spencer, vert gazon, nous fera plonger dans un univers à la "Emmanuel Ungaro". Absolument eighties. Absolument Fabuleux. Avec une jupe froncée, rose chair, dons les périphéries se cognent comme des vagues se brisant sur la rivage. Olivier Rousteing s'inspire d'un vestiaire d'un autre temps. Rien de péjoratif mais comme une envie irrépressible de se replonger dans un monde fantasmé de la couture des années 80, ou tout semblait n'être que calme et volupté. Ou l'on se damnait pour une simple robe de cocktail pastel ; pour un manteau en laine bleu Klein, dominé par de fugaces nœuds distingués ; ou d'une filiforme robe aux cascades de plissés à pois noir et rose. Le vestiaire de maman et grand maman. On s'y projette avec cette robe bustier saumon, épaules libérées, dont les micros plissés créent une tournure pyramidale sur Ornella Umutoni. Puis, un bustier sculptural apparait. Une œuvre d'art corporelle prenant la forme de rameaux dorées surmontés, de-ci delà, de roses laquées vermillon, couplées d'infimes roses argentées. La jupe froncée, bleu Klein, vient exalter ce chef d'œuvre textile. Du pur Art appliqué à la mode. Une chemise, au col cheminé, se joue de plissés déliés vert pomme. Un trench cintré, incroyable, en vinyle vermillon, se pare d'une nuée ardente de roses ton sur ton. Loulou Westlake s'accapare royalement de cette pièce phare Balmain de cet été 2024. Nyaduola Gabriel compile, à la fois, la nuée de roses vermillons sur le buste et sur la mini jupe, laissant exhiber quelques délicats plissés bleu ciel s'intercaler entre ces nuages floraux. Un autre bustier, toujours en cuir verni azurin, se pique de fleurs et feuilles en plastique limpide. L'effet translucide répand ce désir à dévorer quelques sucreries gourmandes. Également, Olivier Rousteing opte à retravailler le fameux pois, avec des variantes ébène, lactescent, vermeil ou rose layette, sur des robes de soirée col en V, apposant sur une épaule, une hanche ou un nombril, un tourbillon de fleur solo. Une fleur démesurée, en mousseline, incarne carrément un top. Très Emmanuel Ungaro. Un second imprimé, aux feuillages rouges sur blanc, vient impacter des silhouettes aux looks absolument rétro. Carrément fifties. La version ébène évoque l'air du temps. Olivier Rousteing offre une tribune à sa majesté la fleur. Il sublime l'art floral à travers un défilé mémorable qu'il a souhaité, à la fois, kitsch par certaines pièces vestimentaires puis complètement artistique pour d'autres d'une folle créativité. Des compromis textiles ont aussi été proposés pour celles qui recherchent un look élégant, recherché, très "jolie madame", sans tomber dans un cliché "Old School". Olivier Rousteing a su condenser son propos stylistique sur une ligne parfois borderline. La thématique de la fleur peut rapidement devenir "cul-cul". Certaines propositions peuvent soulever l'idée de vêtements surannés, d'un autre âge, qui toutefois sont immédiatement ralliées par des passages plus radicaux avec l'emploi de cuirs vernis, de textiles vinyles ou par la simple utilisation de formats XXL sur certains designs textiles. Un final totalement couture avec des incrustations de perles, des cannages, des strass à gogo, des entremêlées de matières, des patchworks textiles, des broderies trois dimensions. Un véritable travail d'orfèvrerie pour une collection qui avait été presque réduite à néant. Ainsi, avec une volonté farouche de victoire et une motivation extrême, Olivier Rousteing est parvenu à déplacer des montagnes.
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Balmain

Printemps/Eté

2024

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Bottega Veneta Printemps/Eté 2024 par Mathieu Blazy
Le carrelage d'une gigantesque mappemonde tapisse l'intégralité du sol de la présentation Bottega Veneta du Printemps/Eté 2024. Un planisphère naïf, avec ses mers azuréennes, ses frontières maladroitement définies et parsemées, ici et là, de créatures et végétaux divers et variés tel qu'un âne, soleil riant, tortue, oliviers, colombe, conifères, poule ou poisson-chat. La représentation d'un planisphère que l'on pourrait repérer sur le parapet de certains commerces élégants et ancestraux telles que poissonneries ou quincailleries d'antan. Avec des couleurs basiques se composant de bleu, sable, vermillon vert, une fraicheur intense émane de ce sol éphémère. Sans omettre cette envie irrépressible de voyager, de partir à la découverte de contrées inédites, de jeter son sac Bottega Veneta sur l'épaule et s'abandonner au jeu de l'aventure. Une équipée qui débuterait par une arrivée à la plage. Mathieu Blazy a octroyé à Lara Menezes un maillot bain digne du design des années 20. Ce dernier mi-marcel mi-cycliste s'accompagne d'un cabas démesuré en cuir tressé neige, à la configuration de coquille Saint-Jacques. Ca fleure bon le mistral et la bronzette sur la grève. Puis, suit un smoking sombre. Carramba, on oublie la plage. On court directement au vernissage organisé par la dernière galerie artistique en vue. Sûrement en bord de plage. Un deux-pièces, aux épaules ahurissantes, aux courbures légèrement concaves, véhicule une vision idéale de la silhouette féminine. Le costume intemporel à incorporer à son dressing. Idem pour la version au masculin. Puis, un tee-shirt blanc porté par Anok Yai se torsade, s'enroule, se tortille en fin boudin autour de son col. Réinitialisation du tee-shirt. Son cabas, en cuir vert pistache, semble tressé à la va-vite. Presque inachevé et approximatif. Chez Bottega Veneta, on perpétue les propositions de sacs en cuir natté. Fabrication maison, ca va de soi. Mais, cette fois, le maillage et la trame demeurent plus dodus, grassouillets. Les premières silhouettes se parent de noir. Toutefois, Awar Odhiang fait le trait d'union avec sa robe bustier en cuir vermillon et ses escarpins vert chartreux, lacés à la "va vite". Cette pièce incorpore délibérément des baleines verticales permettant d'épouser parfaitement le contour corporel d'Awar. Un rouge tirant presque sur le corail. Quasiment un éblouissement. Une seconde robe, en cuir orangé, se froisse en tout sens, se maintenant à la taille par un simple laçage. Le travail de patronage sur l'épaulée demeure d'un géni absolu. J'adore cet effet de tombé, analogue à certains toits impériaux chinois. Les manteaux masculins sont présentés en matières chinés, rayures tennis ou chevrons. Des brins de laine, étalonnés en longs filins, peuvent être ajoutés au niveau de l'ourlet pour traduire une touche plus contemporaine à un manteau classique. Une chemise, à micro carreaux, s'additionne de froufrou en brin de laine comme sur la gracieuse Lina Zhang. Un marcel et une jupe réitèrent ce jeu de tissage issu du tressage maison en fines lanières, créant un effet damier saisissant. Il me semble que ce dernier soit entièrement constitué de fils en cuir. La technique des sacs appliquée aux vêtements. D'ailleurs, les jeux de franges recouvrent presque la globalité de la robe en cuir souple d'América Gonzalez, lui insufflant une dégaine définissant à merveille l'idée que l'on se ferait d'une squaw des temps modernes. Idem sur Liu Wen, mais en version mandarine et chamois. Les jeux de fils peuvent superposer et cacher le dessin d'une jupe. Seul le mouvement en dévoilera le motif. Le travail du tissage parait minutieux sur les pullovers qui incorporent différentes techniques enchevêtrant surpiqures, nattages, broderies ou superpositions de diverses laines. La jupe en cuir carbone réintègre le vestiaire masculin. Mais, agrémentée d'un pantalon ton sur ton. Encore alambiqué de faire porter cette pièce à l'homme en 2024. Le motif du chevron intègre une autre jupe évasée chair ou un ample manteau lie de vin. On ajoute des porte-documents, des livres, des journaux, un bloc note, un attaché caisse, souvent porté à bras le corps, pour afficher une stature d'intello. Ce qui est absolument le cas chez Bottega Veneta, reconnu pour une mode conceptuelle visant de prime abord les bobos et une certaine "Intelligencia". Une mode exclusive qui semble adressée à certains amateurs. Une identité visuelle qui se partage entre gens de bonne compagnie. Le trench, de facture commune, se revisite et se mue d'une longiligne cape, qui incorpore, à la fois, les éléments du vestiaire masculin et féminin. Cette cape peut cheminer jusqu'au niveau du buste comme sur le trench crème de Karolina Spakowski. En cuir, il demeure d'une malléabilité sans faille et se teinte d'un vert mousse à se damner. Mathieu Blazy propose de nombreuses manières de fermer et d'attacher un vêtement par des combinaisons ingénieuses de nœuds, de boutonnage, de liens, de boucles, d'attaches ou d'anneaux. Ce qui attribue une résonance nouvelle à une pièce dite réglementaire. Mathieu Blazy refaçonne un simple design pour le transfigurer vers des pièces qui se veulent fantastiques au final. Quelques imprimés pouvant provenir, si on laisse son imagination divaguée, vers des visuels accrus d'ailes de papillons. Une robe bustier, au tie&dye entremêlant turquoise et blanc alcalescent, s'agrafe d'excroissances en fils, laissant spéculer au design de plumes d'autruches. Autruche ou cuir, la réside mon questionnement ? Une suivante se façonne de découpes en forme de bénitiers. Sur Sun Mizrahi, quand la pelote de laine se transforme en pompons géants, venant s'agripper à une robe filet, survient une pièce stylistique d'une créativité folle me laissant béat. Béat d'admiration ? Ou béat d'effarement ? C'est Lara Menezes qui clôt le show dans une robe anthracite, seconde peau, brodée de petits nœuds marins apposés à intervalles réguliers. Une jolie ode à l'océan qui tapisse gaiement le podium Bottega Veneta.
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Bottega Venetta

Printemps/Eté

2024

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Chanel Printemps/Eté 2024 par Virginie Viard
L'espace éphémère accueille une fois de plus la présentation prêt-à-porter printemps/été 2024 de la maison Chanel. Cet espace éphémère permet d'inviter un nombre de guests élevés, tout en agréant un confort adéquat à chacun. Le set-design se bâtit autour d'un textile ébène qui tranche par des jeux d'écrans démesurés entourant les murs et qui projettent des paysages de côte d'azur. Ca fleure bon l'atmosphère méditerranéenne, épicée de gigantesques fleurs autochtones ultra-colorées. Un jeu de collage espiègle qui fait son effet. Pourquoi pas. Toutefois, la maison Chanel souhaite recentrer son discours de préférence sur le fond que sur le contenant. L'essentiel s'incarne dans un vêtement bien construit, bien tenu, avec une matière exclusive et un tombé irréprochable. Virginie Viard désire épurer ses présentations pour que la clientèle puisse "focuser" seulement sur la collection. Oublié le folklore du supermarché, de la plage, du théâtre, des cascades, de la fusée, du glacier, de la grande bibliothèque ou du data-center. Le set-design demeure sans chichis mais pas sans Chachanel. La française Loli Bahia, égérie maison des campagnes publicitaires prêt-à-porter automne/hiver 2023/2024 et Cruise, survient nonchalamment sur le podium avec ce long manteau en tweed chiné, aux fugaces points multicolores, ennobli d'une ribambelle de chaines dorées au cou, achevé par de simples spartiates en cuir anthracite. Une paire de lunette, type secrétaire, lui insuffle un air réfléchi. Une cool attitude se dégage de cette première silhouette. C'est l'effet escompté par Virginie Viard pour insuffler aux silhouettes, somme toute classique, ce petit truc qui en fera des silhouettes complètement actuelles. Rachel Marx se voit attribuer une djellaba en tweed arc-en-ciel. Ca s'enfile d'une traite. C'est hyper efficace pour s'habiller en moins de deux minutes. Le maillot une pièce de Vivienne Rohner, bleu cobalt, s'épaule d'un peignoir à capuche, garnie d'une ritournelle de fanions nautiques. Les vestes, toujours en fils de tweed, dont les couleurs rappellent celles du drapeau français, s'additionnent de jeans ou bermudas. Période estivale oblige. Sans négliger le fameux collier en perle en guise de ceinturon. Le tweed reste arboré dans des palettes de tonalités avenantes comme le dragée, saumon ou pèche. Il est exécuté sous forme de lignes, carreaux, segments, barres. Une anatomie de la géométrie. Pour des silhouettes qui se veulent, finalement, schématisées au maximum. Un top sans manches se brode, à intervalles réguliers, de cocasses fraises. Quelques tailleurs se voient travestir de gants bouffants, en satin noir, surchargeant et cassant la silhouette. A bannir. Le cardigan, aux rayures bayadère, de Mica Argañaraz me projette dans des contrées lointaines du plateau andin. Le fameux tissage linéaire et multicolore que l'on contemple bien souvent aux intersections de rues de Cuzco ou de La Paz. Une pièce vestimentaire exclusive à piocher dans les boutiques Chanel. La version tournesol demeure magique aussi. On mélange sans compter rayures et carreaux. On fusionne, allie et combine. On sur interprète la mode pour faire jaillir sa personnalité. Aux oreilles toujours le simple double C entrelacé doré. Iconique. Virginie Viard dessine d'oblongues robes célestes aux rainures pastel. Une réminiscence de certains looks crayonnés par Karl Lagerfeld au temps de Chloé. Une figure de belle dame du bord de mer complètement incarné par Grace Elizabeth. Un simili patchwork aux accents de levé de soleil se glisse tendrement sur une veste sans manches et son bermuda évasé. Un tantinet clownesque sur Lulu Tenney. La version bleu marine semble plus adaptée au quotidien mais beaucoup moins fantasque. On compile chaines, ras du cou et colliers aux fausses pierres pour se donner un air de Madonna dans le clip "Like a virgin". De simples Totes Bags s'estampillent du mot Chanel. Des sacs rikikis, en cuir matelassé, achèvent quelques looks endiablés. Juste la place pour insérer son smartphone et carte bancaire. Une marinière réintègre le podium via le modèle néerlandais Jill Kortleve. Avec une jupe analogue mais droite, bordée par un ourlet fuchsia nacré. La touche "fifille". Les rayures s'inversent et s'entrechoquent sur le sweater à capuche d'Ida Heiner. On les récupère sur les collants translucides. Un effet chaussettes de foot. On réintègre la traditionnelle ballerine pour une attitude à la Audrey Hepburn. Jolie ingénue. Spécialement quand elles se conforment à des babies. Le logo légendaire déflagre telle une météorite sur le caraco de Vittoria Ceretti, couplé à une jupe évasé vermillon. Un look foudroyant. Les combinaisons en noir, en blanc et, en noir et blanc fonctionnent toujours à merveille. Rien de nouveau mais elles complètent formidablement un vestiaire irrévocablement classique. Que la clientèle affectionne incontestablement. Evie Saunders incarne totalement l'attitude Chanel avec ses lunettes noires encollées de chaines dorées, sa ceinture chaine COCO, et ses créoles perlées. L'idée d'une riche fille à papa. Ou d'une "Sugar Daddy". Le tailleur, rectiligne, en fine dentelle, se noue d'un nœud en gros grain sur la taille. Simplissime. Mais, d'une élégance sans pareil. Les flips-flops d'América Gonzalez envisagent des perspectives de ballade ensablées. Affirmatif, c'est bien l'été qui dégaine des envies de baignades et de têtes sous l'eau. La maille prend des configurations de micro vaguelettes, à la configuration de tissage Missoni sur la juvénile Olivia Palermo. Adut Akech, dont les sorties se font plus rares, demeure dans une Vibe Baby Doll avec sa robe ultra courte, dominée par d'abondantes fanfreluches. La dentelle ténébreuse s'enrichit de sequins carbones sur une veste/chemise et sa longiligne jupe de Kim Schell. Les robes obscures, en mousseline transparente, céleste comme un courant d'air, sont célébrées par Amélia Gray, Merlijne Schoren et Jade Nguyen. Elles s'embellissent de bottes en cuir bleu layette fracassant ainsi une attitude trop attendue, espérée. Une collection riche en propositions avec des lignes directrices s'orientant vers une épure certaine. Toutefois, on néglige les imprimés floraux du final qui devraient être, à mon humble avis, relégués et confinés à la collection croisière. Peut-être les looks de trop. Toutefois, une simplicité resort de cette proposition mode écrite par Virginie Viard. Nonobstant, cette apparente discrétion cohabite avec l'opulence de certaines broderies, surabondance de bijoux et matières précieuses textiles comme sait si bien le confectionner et fabriquer en exclusivité la maison Chanel. En cela réside l'immense force de cette maison.
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Printemps/Eté

2024

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Christian Dior Printemps/Eté 2024 par Maria Grazia Chiuri
Maria Grazia Chiuri poursuit son exploration et sa quête de la cause féminine à travers l'univers précis de Monsieur Dior. Un dessein évident depuis son arrivée chez Dior. Un écran giratoire, géant, à 360 degrés, enclot le podium labyrinthique de la présentation Dior Printemps/Eté 2024. Deux couleurs prédominent et éveillent une tranchante vivacité : le fuchsia et le jaune tournesol. Celles-ci laissant apparaitre et disparaitre des contestations, des différents, des affirmations ou des allégations. Toujours en faveur de la cause feminine. "I am not only a mother, a wife, a daughter. I am a woman". Les mots font sens. Maria Grazia aime se battre pour ses idées et insuffler du caractère à ses propositions mode. C'est fois, ce sera "Not Her", "Pas elle". La femme ne peut se définir seulement qu'à travers une silhouette, un vêtement, un look. Elle est bien plus complexe. C'est factuel. Toutefois, Maria Grazia, avec force, souhaite animer dans cette collection, non seulement une esthétique élégante et racée, voire passéiste, mais aussi de l'entendement, de la compréhension, de la sagesse, de la bonté. Le podium s'enlumine de rayures alternant fuchsia et jaune tournesol. Ca tranche. Ca flashe. Ca polarise. D'ailleurs, une formule explique ce choix judicieux : "Le fuchsia couplé au jaune n'est pas un marshmallow. C'est le chemin vers l'illumination. Ce qui est faux et ce qui est vrai". Une première silhouette, pétrole, s'invite dans des dentelles de transparence. Sensualité. Des phrases naissent directement sur l'écran : "Your body is poetic. Your body is political". Là, ou un homme y verrait une trace de sensualité exacerbée, voire débridée, l'œil d'une femme pourrait y déceler une revendication de la nudité, une appropriation de son corps. Une célébration. Tout n'est que point de vue. A qui sait l'écouter et l'entendre. Un autre visuel d'une ménagère des années soixante, suranné, apparait avec le slogan "Save your mariage, Iron Properly". La veste noire, aux trios de boutons, se fait ample, presque cardigan. La chemise dépasse sur cette longue jupe plissée qui s'accompagne de socquettes de collégienne. L'épaule se dévoile sur un manteau cintré qui pourrait être la configuration de cette fameuse petite robe noire. Une mode qui veut englober tout type de morphologie mais surtout atteindre toutes les attentes de la femme. Maria Grazia invective par des messages à double sens, avec un esprit acerbe : "No-body is yours. No-Body is perfect. Every-body is performative". "Let my imagination draw the geography of my body". Nombreux sont les passages, en total noir, ou bien en noir et blanc. Les proportions sont diverses et variées comme les corps : le blazer peut-être plus élancé, la chemise plus courte, la jupe plus cintré. Bref, tout se mélange pour donner une autre attractivité à la silhouette. Il n'y a plus de règles, ni de carcan. Le cabas emprunte le célèbre motif du cannage, un intemporel maison. Le tote bag, grège, s'agrémente d'ombres chinoises en forme de fleurs. Une robe en mousseline chair donne l'impression d'être déchirée, éraflée, balafrée. Presque d'être en lambeau. Un pantalon carbone, type cargo, s'imprègne sur le tibia d'un nuage de fumée. La chemise se déconstruit et s'offre avec une unique manche, oblongue. Une autre veste, ébène, laisse apparaitre, en négatif, le fantôme de la Tour Eiffel. Des silhouettes, en cotonnade alcalescente, restituent cet air estival qui manquait depuis le début à cette présentation, un peu sombre à mon goût. Un imprimé bistre, aux lignes de branches d'arbres, vient agrémenter le trench de Greta Hoffer ou la jupe plissée d'América Gonzalez. Les babies, en cuir verni goudron, se sanglent jusqu'aux genoux. Les phrases se suivent mais ne se ressemblent jamais : "I don't belong to anyone else : I always make a phone call to myself". "I am not your doll. I am not your game. Call me by my name". Beaucoup de silhouettes usuelles, pérennes comme des trenchs beiges, chemises laiteuses ou blousons noirs. Quelques pièces se distinguent, cependant, pour une allure dans l'air du temps. Un perfecto en cuir basané s'embellit de sept étoiles ivoirines sur les emmanchures, l'une des emblèmes récurrentes de Mr Dior. La chemise uni-manche. Des vestes en jean, oversize, s'ourlent de simili brulures. Des soleils de dentelles viennent charmer une robe tubulaire ou un simple top crème. Quelques bouquets de fleurs pastel contrastent sur une robe en mousseline anthracite sur Sun Mizrahi. Des robes chasubles, crème, s'ennoblissent de manches bouffantes. Des robes dont le maillage se fait filet. Mais aussi, de la dentelle macramé que nos grand-mères adoraient tant. Une mode éclairée et pleine de sagesse. Une mode structurée et équilibrée. Une mode qui ne fait pas de bruit mais dont on discerne les sous-entendus. Une mode qui se veut portable, tout en subtilité. Une mode réfléchie pour du long terme. Toutefois, une mode sombre, obscure, noire. Une tonalité classique s'infiltrant sur de nombreux looks dispersant une certaine morosité ambiante. Un peu tristounet. Néanmoins, une tonalité contrebalancée par des beiges éclairés permettant de ne pas se perdre dans ce tunnel ténébreux. Dommage que Maria Grazia Chiuri n'ait pas plus usité de touches de couleurs. Celles-ci auraient égayé sa vision, peut-être, un peu trop mélancolique à mon goût. Mais, probablement, "Not for Her".
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Dior

Printemps/Eté

2024

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Coperni Printemps/Eté 2024 par S. Meyer et A. Vaillant
Le son. La résonance. L'écho. Les bruits. Le retentissement. La répercussion. La propagation sonore. La musique, la voix, le chant. Tout un ensemble de mots pour définir et déterminer ce que peut être la science de la sonorité. Un lieu lui est consacré à Paris, l'IRCAM. Cet institut de recherche et de coordination acoustique/musique demeure un centre scientifique réputé, d'innovation technologique et de création musicale. Nombreuses sont les questions captivantes à trouver sens ici : Comment l'onde sonore peut-elle se propager et se réceptionner au quotidien ? Comment impacte t-elle notre environnement et, par conséquent, nos organismes ? Comment les ultra-sons interagissent avec notre inconscient corporel ? Quels avantages l'utilisation d'ondes sonores peut-elle insuffler au sein d'un vestiaire quelconque ? Quelques d'interrogations dont les deux créateurs de la marque Coperni, Sébastien Meyer et Arnaud vaillant, ont essayé avec toute l'humilité qui les caractérise, d'apporter un semblant de réponse stylistique à travers cette présentation Printemps/Eté 2024. Pour les habitués de moments de mode forts, totalement exceptionnels, vus et revus à des millions de reprises sur les réseaux sociaux, la maison Coperni a vite compris l'importance de créer des instants magiques, fantasmagoriques, qui feront le Buzz et pour longtemps. A leur actif notamment, la robe projetée et enfantée en direct live sur le top américain Bella Hadid ou bien, la saison passée, les robots chiens qui ont déshabillé avec délicatesse le top néerlandais, Rianne Van Rompaey. Une salle cubique, terne et commune, accueille les invités triés sur le volet. Des jeux de clapets et de soupapes, au sommet, s'ouvrent et se ferment à un rythme régulier provoquant des mouvements aériens, de ventilations récurrents, engendrant quelques reflux sonores. Dès le premier look, la jeune anglaise Ella Mccutcheon aborde un look faisant référence à la thématique du son. Son blouson en cuir est agrémenté de similis enceintes se situant juste au niveau de la poitrine. Le thème est complètement respecté. On cible l'essentiel. Le son à travers les vêtements. La reine des top-modèles, Naomi Campbell apparaît dans un complet gris souris, à rayures tennis. Son chemisier lavallière prend une teinte vert anis, avec des manches frôlant presque le sol. Le col émincé de sa chemise frôle le nombril. Heureusement qu'un Marcel s'ajoute à même le corps. Aussi, remarque t-on subrepticement, un petit objet étonnant s'accolant juste au niveau du cœur. Ce micro quadrilatère, mandant un design à la Apple, se greffe sur la veste telle une sorte de mini défibrillateur ? De téléphone ? De podomètre ? De micro-ordinateur ? Quelques looks masculins s'intercalent dans ce défilé désirable à souhait. Plutôt relax et convenables. Dans une vibration stylistique à la Hedi Slimane pour Céline. Veste en cuir, chemise à rayures bleue layette, légèrement déboutonnée et jeans droit ou baggy. Les pulls en laine mohair, aux mailles aériennes, portés à même la peau, de tonalités neige ou camel, se taguent du micro logo Coperni tamponné au niveau de la poitrine. Dommage d'avoir estampillé le nom de la marque sur la poitrine de Sora Choi ou Alaato Jazyper. Un peu "déjà vu" notamment chez Miu Miu. La touche In s'incarne dans une longueur de manches inattendus stoppant nets au niveau des genoux. Tellement commode. Le tissage de la jupe, en maille argentée, fait penser à une juxtaposition d'entremêlement de fils de métal. Tels des chevrons. La jupe opalescente de Sora Choi, se chiffonne légèrement par un jeu de surpiqures et s'ourle d'une dentelle minutieuse à l'allure de "Vitraux". La dentelle utilisée sur la robe cintrée de Sascha Rajasalu parait d'une incroyable délicatesse. Anthracite, elle se pare de fleurs en dentelle détourée. Ces dernières garnissent avec parcimonie une soie profonde et ténébreuse. Le buste, quant à lui, se tricote d'une dentelle arachnoïde, très fine, hyper aérienne, presque fragile. Méticuleuse, elle reproduit la configuration de vitraux de cathédrales. Une pièce d'une attention extrême empruntant à l'univers de la lingerie de luxe. Quant aux escarpins, ils se font claquettes Havaianas. Des pièces sportives intègrent le vestiaire via des débardeurs seconde peau jaune fluorescent ou alcalescent. Complètement dans l'esprit athlétique. Surement l'effet Jeux Olympiques. Le marathon Coperni est en route. C'est le cas pour Angelina Kendall qui joue à fond le mood sportif en accordant Top en lycra, forme X jaune poussin, avec un pantalon cigarette à rayures tennis. Avec des derbys à embouts rectiligne. He Cong enfile ce combo étonnant : combi cycliste en lycra blanc avec veste en daim beige, un tantinet bohème. Toujours avec le mini écran fixé a la boutonnière. Mika Schneider vibre avec son top en lycra anthracite, à la construction en X, qui se prolonge en jupe crayon. Une silhouette à la Hervé Léger. Un jogging masculin, vert Bottega Veneta, à l'accent Adidas Eighties, se creuse de deux triangles en métal juste au dessus des pectoraux. Un clin d'œil à l'instrument musical du triangle. Ce dernier se retrouvant incorporé sur un pullover masculin ébène, sans manches, encadrant le plexus scolaire. Parfait pour les yogis. Le pantalon de jogging peut s'accoupler d'un trench en daim beige. Ca matche. Le duo Coperni s'amuse avec ce symbole pyramidal sur la longiligne robe de Jeanne Cadieu. Élément central, calé entre la base de la poitrine et le nombril, celui-ci unit en son centre l'ensemble des divers pans de tissus. Lulu Tenney enfile un corsaire qui s'achève par une fanfreluche de zips en mille feuilles. Sa brassière s'ourle aussi de zips permettant une concordance à l'ensemble. Kiki Willems réitère l'effet fanfreluche de zips sur la poitrine avec une robe carbone entièrement transparente. Un effet bénitier. Quant à la nuisette de Sascha Rajasalu, en mousseline vert absinthe, cette dernière s'agrippe de deux coroles florales, toujours en zips, autour de la poitrine. Pas vraiment fan. Toutefois, deux looks ultimes se démarquent et sortent du lot avec ce bustier en métal doré reprenant la forme exacte d'un pavillon de trompette. Avec un pantalon cigarette anthracite, elle transforme la femme en une véritable œuvre d'art. Avec toujours, in extenso, cette célébration du son et de la musique. Deux robes presque identiques, proposées en deux versions, pétrole et en maille métallique portée par América Gonzalez, se bâtissent autour du fameux bustier pavillon de trompette, puis se cintrent à la taille, pour acquérir une forme convexe, presque une forme panier. Une corolle inversée, en somme. Une tâche de construction compliquée pour un rendu visuel d'une simplicité déconcertante. Un vestiaire unissant des pièces consensuelles, facile à enfiler au quotidien, avec d'autres beaucoup plus complexes et techniques. Un contraste et une dissimilitude fonctionnant à merveille chez Coperni.
 

Coperni

Printemps/Eté

2024

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Courrèges Printemps/Eté 2024 par Nicolas Di Felice
Pour le Printemps/Eté 2024, le directeur artistique de la maison Courrèges, Nicolas de Felice, a souhaité dévoiler sa collection à l'intérieur d'un quadrilatère immaculé. Presque primitif. Pas de chichi. Une arène minimalisme pour ne focaliser que sur le vêtement. Le look demeure la priorité. Une sorte d'épure stricto sensu. Un souffle de vent commence à venir marteler délicatement l'ambiance de la salle, puis un sifflement solitaire. Un peu comme dans les films d'Ennio Morricone. Le morceau de Fimos intitulé "Raindrops" susurre un "Listen" récurent permettant de s'évader vers des contrées spirituelles. Il y a presque un certain mysticisme à travers cet opus musical. Le sol, d'un blanc neigeux, commence, à chaque passage des mannequins, à se ternir par de fugaces empreintes ébène. Comme des chocs de talons et de semelles. Telle l'empreinte d'un pneu en caoutchouc après un freinage trop véloce. Se craqueler. Se fendre. Je perçois cette contamination, totalement voulue, comme l'image de la contagion perpétuelle de l'être humain sur notre belle planète, sur dame Nature. Cette explication parait probablement réductrice mais la grille de lecture apparait d'une clarté extrême. Quand on foule le sol, on laisse des traces. On pollue. On tache. On souille. Il se fissure. Pourtant, les filles Courrèges de cette saison estivale paraissent loin d'être des souillons ; des souillonnes. Vêtues en noir et blanc, elles semblent respectueuses, conquérantes, battantes et activistes. Avec une douceur dans la manière de cheminer. Loli Bahia, star française des podiums, ouvre le bal avec cette robe/chemise éclatante dont le boutonnage s'accomplit de manière asymétrique. Avec un collier ampoule. Illumination. Le mini sac, mignon à souhait, effet croco, s'offre des rondeurs intemporelles. On adoube la version cabas. De dos, la culotte s'offre à la lumière, mais décemment. Les chemises blafardes se suivent et s'amusent de constructions stylistiques variées. Une longiligne robe chemise, col blanc, somme toute assez consensuelle, laisse vibrer les jambes avec une liberté totale. Une mini-jupe portefeuille s'accouple avec un tee-shirt délogeant l'une des deux épaules. Il y a une décontraction certaine qui fusionne étonnamment bien avec la rigueur des lignes stylistiques. La mode Courrèges pour cet été semble taillée pour ne faire aucune vague. On reste magnifique dans la simplicité. Peu d'effets de mode. Certains looks demeurent plus acérés tout de même comme celui de Lulu Tenney avec cette mini-jupe portefeuille, à la forme pyramidale et à la texture croco. Portée semble t-il avec des jambières, guêtres ou simple pantalon. Effet d'optique. A priori, on optera pour un pantalon zippé à la cuisse que confirmeront les looks suivants. Un soutien gorge, en plexi thermo moulé cristallin, demeure une autre pièce chimérique de la collection. Portée par Rachel Marx, elle fait sensation avec une poitrine " m'as-tu vu ". La version, en métal argenté d'Anok Yai, apparait moins dans l'outrance. On redescend sur terre avec de discrètes rayures bayadères, chamois, qui viennent se glisser sur une chemise sans manches. Avec le micro logo Courrèges inscrit au niveau de la poitrine. La discrétion reste pourtant un point fort cette saison chez Courrèges. Pas de vague. Un perfecto droit pour Anne-Catherine Lacroix, éloignée des podiums depuis belle lurette. De longues vestes, col Mao, viennent prendre la forme de corolles inversées, en version beige ou carbone. Amélia Gray, mannequin adulé cette saison, enfile une robe bustier, à fines bretelles, martelées d'un imprimé alligator. Toujours avec un pantalon seconde peau. Le cuir ou simili cuir se mélange aisément avec la maille. Des sangles viennent agrafer, épingler, fixer le pourtour de la robe en cuir d'Angelina Kendall. Un tantinet Versace. Même configuration pour la combinaison pantalon de Jeanne Cadieu. Un "Biker style". Grace Valentine enfile une robe bustier constituée de maillage de pailles. Nature, nature. Le sol se fissure, se craquèle. Plus le défilé avance, plus le podium se transforme, se salit, se fendille. Un défilé qui explore le contraste avec les deux couleurs prédominantes du ying & yang. Comme s'il n'y avait plus de saisons, Nicolas de Felice opte pour une mode de mi-saison. Voire parfois hivernale. Des vêtements couvrant, protégeant, abritant le corps. Mais, qui ne cachent pas les formes avec notamment des robes minimalistes, à effet "collant", comme sur Julia Nobis ; ou avec un pull tubulaire, col cheminé, que l'on peut apercevoir sur Sascha Rajasalu. Le cercle demeure également l'un des fétiches de Nicolas de Felice qui l'appose en découpe sur quelques robes notamment sur le nombril d'Ida Heiner. Sans omettre les nombreux zips déferlant sur certains looks finaux. Ils permettent d'ouvrir et mettre en valeur, à sa guise, des parties sensuelles du corps comme sur le top des années 2000, Natasa Vojnovic ou la danoise super star, Mona Tougaard. Des propositions qui se veulent, somme toute, intemporels. Quarante-six looks complètement portables, avec pour point final, une cape flamboyante argentée.
 

Courrèges

Printemps/Eté

2024

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Gucci Printemps/Eté 2024 par Sabato de Sarno
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Gucci

Printemps/Eté

2024

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Louis Vuitton Printemps/Eté 2024 par Nicolas Ghesquière
Bernard Arnault a toujours un coup d'avance. Stratège dans l'âme, il n'a pas hésité à soumettre l'idée que la nouvelle acquisition immobilière du groupe pourrait être un lieu idéal pour présenter la prochaine collection prêt-à-porter. Cet immeuble, d'une surface de 25.000 mètres carrez, situé au 103, avenue des champs Elysées, devrait à terme être converti en magasin Louis Vuitton, tout en incorporant un hôtel de prestige, un palace. Ex-siège de la banque HSBC France, Bernard Arnault a su créer le Buzz en effectuant d'une pierre deux coups. Dévoiler ce projet immobilier ambitieux au centre de notre belle capitale, tout en dévoilant à ceux qui comptent le prêt-à-porter Femme Louis Vuitton du Printemps/Eté 2024. Avec l'aide de ses équipes, Nicolas Ghesquière a su rendre cet espace désirable et attrayant. Cela parait peu évident quand on réfléchit à faire rimer "mode pointue" avec "chantier en cours". Flash Back. Le designer avait déjà expérimenté cette configuration lors de la présentation prêt-à-porter Printemps/Eté 2017 ou il avait présenté sa collection au sein du magasin situé, au, 2 place Vendôme, entièrement en travaux. Cependant, quand les happy few s'engouffrent dans ces nouveaux murs, ils découvrent un lieu gigantesque recouverts de bâches plastifiées mandarine. Murs, piliers et verrières se tapissent de ce tissu pelliculé, presque aspiré, propageant une lumière apaisante et calme. Cette aura chaude et généreuse se disperse gaiement au sein des blocs en béton, peu glamour à souhait. Une tonalité stimulante, excitant les sens. Une couleur caractérisant aussi le domaine de la spiritualité, convenant probablement à l'ensemble des invités pour cette dernière journée de Fashion Week parisienne. Sur l'air de "La symphonie des éclairs" de Zaho de Sagazan apparait le premier look attribué à la jeune danoise Ida Heiner. Un look décontracté. Son blouson en cuir ample, aux manches parachutes ambrées, lui permet de glisser astucieusement ses mains dans les grandes poches ventrales. Sa jupe prend la configuration d'un longiligne tutu aérien immaculé. C'est fonctionnel. La ceinture en cuir s'accroche tel un X. Rianne Van Rompaey s'octroie le même look mais en version réglisse. Le Ying et le Yang en deux passages. Les chemisiers s'affabulent de col cheminé comme sur le top danois Mona Tougaard. Mais, ils peuvent aussi prendre la configuration d'un col écharpe où Bénitier. Ils empruntent de simples jeux de rayures comme ciel et neige ou bien noir et blanc. Les rayures, de diverses formes, apparaissent comme un point récurrent de cette collection. Nicolas Ghesquière les utilise pourtant que très rarement pour ne pas le souligner. D'autres imprimés investissent la conformation de tartans pouvant presque frôler l'imagerie de la maison britannique Burberry. On superpose deux jupes, aux mousselines légères, dont leurs lignes géométriques créent un effet d'optique vibrant comme sur Julia Nobis. Le ceinturon, au tombé X, sera l'accessoire prédominant de l'ensemble des looks Printemps/Eté 2024. Elle se fixe sur la hanche et non la taille, procurant une attitude relax. Nombreux sont les sacs discrets composés de la toile iconique LV. Quelques classiques en cuir se portent grand ouvert. Le sac parapluie de Sélèna Forrest repousse une fois de plus les limites créatives du studio. Les jupes s'envolent très facilement dès que l'on déambule. Avec un bustier en cuir anthracite, au tombé corolle, cette jupe demeure plus démoniaque. Moins fleur bleue. Ella Mccutcheon chemine sur le podium avec une chemise bayadère en soie (mastic, citron et neige), rehaussé d'un seul collant opaque incolore. Une autre tendance de ce printemps 2024. Sans omettre d'enclore son cou par l'inédit sac malle en cuir Fauve. Tout se joue dans le geste précis de maintenir son sac. Toujours vêtue d'un collant opaque, Evie Saunders l'additionne d'un imper acier pour une touche plus pondéré. Le pantalon, presque pyjama, prend des tonalités de bonbons acidulés sur Sacha Quenby. Des tops sans manches, en madras, redessinent la silhouette en la bombant, courbant, arquant comme jamais. Un effet montgolfière sur l'angélique Anouck Smits. Nicolas Ghesquière propose quelques blousons, au design seventies, en cuir ou satin, dont les proportions demeurent complètement Oversize comme sur Seng Khan ou Mika Schneider. Ils peuvent s'additionner de micro-plissés, complètement suranné. La version sweater houille vu sur la britannique Dana Smith parait plus contemporaine. La jupe boule de Grace Valentine s'enorgueillit d'un imprimé classique, mêlant attaches argentées et chaines dorées. Avec un top chamois, ouverture en V, épaulettes marquées, c'est une Vibe Eighties qui virevolte sur le podium. Celles en cuir d'Apolline Rocco Fohrer et de Chloé Oh ont presque des configurations "panier". Des jupes intemporelles, en Tweed, laissent succéder des jupons discontinus et asymétriques comme sur Awar Odhiang ou Annemary Aderibigbe. Une robe incarnadine, à la doublure mandarine, s'octroie des plissés constants et ingénieux. Néanmoins, seulement sur un seul flanc. Les bustiers s'affabulent de manches aux froncés "volumineuse-ment" bouffants. Sur Loli Bahia, en taffetas de soie dragée, celles-ci sont pleinement démesurées. Extravagance. Quant à Mica Argañaraz, elle a la chance de porter le chapeau du pirate. Parce que oui, on peut l'écrire, les filles Vuitton, cette saison, seront un peu "flibustières". La française Alix Bouthors enfile une robe, aux rainures de sequins noirs et blancs, coulant telle une cascade sur sa longiligne silhouette. Quelques vestes aux épaules bien garnies cintrent la taille à merveille. La veste finale, portée par Valentina Castro, se voile d'un tissage pied-de-poule à la mensuration XXL. Des vêtements qui se veulent toujours hyper architecturés chez Vuitton. L'une des signatures identitaires récursives de Nicolas Ghesquière.
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Louis Vuitton

Printemps/Eté

2024

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Loewe Printemps/Eté 2024 par Jonathan Anderson
L'Art, domaine de prédilection de Jonathan W Anderson. Celui-ci ne peut concevoir sa vision de la mode sans être emporté et transcendé par le domaine de l'Art. L'art contemporain surtout incluant peinture, sculpture et installation éphémère. Sa mode se joue et se construit précisément là. Chaque saison, comment faire exister et persister cette obsédante passion en l'insufflant dans une conception élaborée de vêtements jamais vus. Jonathan Anderson possède un univers tellement riche, élaboré, recherché qu'il pourrait faire recette en ce domaine. Il pourrait faire partie de ces artistes contemporains dont il aime exposer et partager leurs réalisations sur ses sets-design. Il lui manque juste le déclic (ou le temps) pour passer d'un domaine à l'autre. Toutefois, cela ne sous-entend évidemment pas qu'il abandonne la mode pour devenir à plein temps un artiste contemporain. Loin de là. Mais quand on observe le chemin parcouru en tant que designer pour Loewe, on peut être assuré que son cerveau fourmille de nombreux concepts artistiques des plus fous. J'aimerai tellement saisir ce qu'il pourrait émerger de son génie cérébral. Anyway. Subséquemment, comment transcender de simples vêtements en des pièces qui soient considérées comme "plus-plus" ? Là demeure l'enjeu. Le set immaculé dispose, dans un éparpillement aléatoire, des sculptures en métal. D'immenses chimères dorées ou anthracite parsèment le chemin des mannequins. Le regard est aimanté par ces sculptures gigantesques. Peut-être des vagues, des tornades ou des tourbillons ? Tellement organique. Il y a comme une initiation à l'art qui s'initie chaque saison auprès des sollicités. Et, c'en est vraiment touchant. Comme un professeur insufflant une envie profonde de faire découvrir ses dernières trouvailles. Pour ce printemps/été 2024, on débute puissamment. Olivia Palermo ouvre le show avec un manteau chaussette, aux larges mailles tricotées, fermé par cinq énormes boutons dorés. Un manteau presque sac de couchage. Un jean ciel et des ballerines strass diamants, le tour est joué pour se faire remarquer. L'idée d'être enroulé dans un cocon créé déjà la pointe décalée. La touche In. Rien que ce premier look interroge. D'un point de vue pragmatique, comment peut-on se mouvoir aisément ? Ce sera à celle ou celui qui se le procurera d'en décider. Les versions souris ou vermillon en jettent aussi. La jupe/bermuda, en cuir aux plissés impalpables, se transperce d'une aiguille à tricoter dorée pour maintenir la taille. L'idée de la tringle à rideau. Avec une veste smoking, à point c'est tout. Les pantalons se construisent autour d'un bâti à taille haute. Ils se ceinturent juste en dessous de la poitrine. Une disproportion de la silhouette s'opère alors avec un allongement des jambes et un rétrécissement du buste. Presque l'idée de la femme imaginée par le dessinateur Kiraz. En tabac ou pétrole comme sur Alix Bouthors, le pantalon se fait un tantinet plus discret. Un bustier entièrement constitué de fleurs irisées, en métal argenté et émeraude, détonne avec un simple jeans bleu marine. On adore la manchette vague argentée ajoutée au look. Une sorte ping-pong s'instaure entre chaque look dévoilée et les gigantesques sculptures exhibées. Il y a lien intense entre cette mode Loewe et l'Art tout court. Un tee-shirt ciel, escorté de son bermuda vanille s'achèvent par des ourlets recouvrant le concept des pourtours des sculptures exposées. C'est-à-dire tranché, scalpé à la va-vite, pas du tout accompli. Comme découpé par un ciseau et sans ligne directrice. Le polo étriqué, bleu Klein, de Penelope Ternes se teinte d'un délicat tie & dye marine en ses pourtours. Avec une jupe/bermuda en cuir chocolat et de simili sandales, type Birkenstok, elle dégage une attitude relax totalement germanique. Beaucoup de sandalettes, de mocassins en peaux retournées ou de ballerines strassées. Un élancé cardigan jaune topaze en maille légère s'utilise telle une robe tennis. Quelques pièces remarquables, et somme toute classiques, en cuir comme ce trench en daim olive ou une veste chocolat, deux boutons, à la carrure parfaite. Le longiligne trench en cuir peut même avoir une double fonction en transformant un de ses pans latéraux en simple cabas. Quelle imagination Monsieur Anderson. Les sacs s'étayent à l'épaule et se coincent sous l'aisselle comme porté par le mannequin Karolin Wolter. Question d'attitude. Deux trois vestes pieds-de-poule et tartans ponctuent cette présentation estivale. Les jupes triangles, à mi-cuisses, vaporeuses, s'additionnent d'une traine latérale droite. Une sorte de queue de pie décentrée. Très juvénile. Une autre inspiration qui n'aurait pas déplus à Madame Grès via des drapées qui s'entrechoquent et investissent deux robes bustiers chocolat ou acier comme sur le top australien Julia Nobis. Quelques robes filiformes transparentes se crayonnent de pourtours plus foncés, selon des camaïeux gris ou Camel. La vision de mode que propose Jonathan Anderson n'apparaît jamais comme consensuelle. Ni con, ni sensuelle d'ailleurs. Il update chaque saison sa vision du design textile à partir d'un parti pris conceptuel Arty bien engagé. Et l'on comprend complètement pourquoi encensé toujours il est.
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Loewe

Printemps/Eté

2024

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Maison Margiela Printemps/Eté 2024 par John Galliano
La patte de John Galliano pour la maison Margiela a conduit ce label vers un univers plus insolite, voire excentrique. Même si je dois mesurer ce terme d'excentricité. Car Martin Margiela l'était aussi à sa manière notamment par ses bottes "sabots de chèvre" ou son trench entièrement cousus de cheveux. Même si Martin Margiela avait un avis plus idéalisé de son vestiaire, ce qui réunit irrévocablement ces deux maestros s'initie dans leur loufoquerie respective. Oui, le loufoque a toujours envahit leurs vestiaires spécifiques. Toutefois, sous le "joug" de John Galliano, il se transforme vers des configurations inédites, des accumulations de tissus, plus ou moins viables, des déchirements, des superpositions improbables ou des ajouts inespérés, bref, une vision plus dogmatique du "modeux". Pour le Printemps/Eté 2024, John Galliano entraine la maison Margiela vers un univers classique pas ses confections mais totalement déjantés par la manière de les porter. Il y a toujours ce brin de burlesque qui engendre une attitude imprévue. Présentée dans un espace immaculé, permettant d'examiner chaque pièce avec minutie, cette galerie "loftée" se complète d'un podium en métal poli argenté générant un effet miroir, doublant chaque silhouette. Lulu Tenney ouvre le show. Son attitude interpelle. Elle ne marche pas, elle glisse sur le podium. Mais, graduellement. Elle saccade sa tête de droite vers la gauche. Regarde l'audience avec insistance puis chemine sur ce fleuve argentin comme si de rien n'était. C'est presque malaisant. Cependant, Lulu insuffle de la vie à son accoutrement composé d'un trench noir oversize, d'une chemise blanche au col complètement ouvert, volant presque au vent. Avec ses deux mains enfoncées dans les poches du smoking cintré, on flaire cette attitude qui pourrait provenir du vestiaire de Yohji Yamamoto. Vénération ? On surprend cette présence viscérale du mannequin. Ce n'est pas un mannequin lambda insignifiant. C'est Lulu qui fait son show. Toute la cabine jouera à merveille ce rôle incarné. Les looks hair et make-up demeurent subtilement réalisés et ajoutent du sens à l'histoire que souhaite raconter John Galliano. Une sorte de créature mi-apprêtée mi "je-m'en-foutiste". Les tresses sont chahutées et s'ébouriffent en de brefs jets de cheveux. Le teint insiste sur un naturel sans faille, parfois blafard, et rehaussé de touches nacrées. Sans omettre ce trait singulier de rouge à lèvres allant du rouge vermillon à la simple framboise. La derby traditionnelle, en cuir verni ébène, ainsi que les escarpins en cuir vieilli incorporent en leur proue cette fameuse encoche, leur permettant de différencier l'orteil du pied. Le notoire "sabot de chèvre" à la Martin Margiela. Sans oublier d'enfiler la paire de chaussettes lactescentes, anoblis d'un léger liseré et joli nœud noir. Le manteau se veut oversize et totalement mixte. Pour la Maison Margiela, tous les looks peuvent être exhibés sans identification de genre. Un simple col blanc de chemise peut faire office de ras du cou. Le noir et blanc trustent l'ensemble de la première partie de la présentation incluant une grande partie vestes, pardessus, trenchs et costumes. Des pièces relativement commodes à enfiler au quotidien.Au delà de la simple création vestimentaire de John Galliano, il y a véritable travail de stylisme. Avec un regard ténébreux, Maria-Carla Boscono parait diabolique en empoignant fermement des deux mains son trench carbone qui, une fois noué à la taille, prends des arrondis peu conventionnels au niveau des hanches. John Galliano aime extrapoler les contours de la silhouette pour sortir des normes habituelles. Des paniers cachés permettent se tour de passe-passe. Un manteau noir, sur un homme cette fois, enserrant la taille par un ceinturon beige, bombe la croupe gaiement. Pour un sexy fessier assuré. Les filles se transforment en gars. Et, inversement. Donner des rondeurs aux mannequins filiformes apparait presque comme une ineptie dans ce monde fermé de la mode qui ne jure que par une minceur exacerbée. Les quatre fils blancs apparaissent sur le revers des trench-coats, marque de fabrique originelle de la maison Martin Margiela. Toutefois, un simple trench beige se ligote comme jamais à la taille contredisant le look précédent. Ici, réside l'antagonisme de la mode de John. Toujours perturber le look suivant. Chaque mannequin a une démarche différente : l'un marche comme un prêtre dans une procession ; un autre croise ses jambes comme jamais ; un suivant marche tout doucement et langoureusement ; un dernier déboule comme une furie sur le podium. Il n'y a aucune norme. Seule règle : celle de la personnalité. Ondria Hardin, qui était absente des podiums depuis belle lurette, retrouve de la gageure avec un chapeau chinois en carton, une chemise sans manches, déboutonnée, à moitié achevée, laissant pendouiller des lés de lanières, bretelles et sangles. Parée d'une jupe réglisse, bordée de vagues en fils effilochés, Ondria est décadente. Les robes subséquentes sont comme déchirées, recousues à la va vite et se maintiennent par des jeux de scotchs, fixés à la dernière minute. Presque une urgence s'exhale de ces pièces. Comme si on n'avait pas eu le temps de terminer le look. Un collage un tantinet clochardisant. Arrive le mannequin Colin Jones avec une démarche excentrique dont tous les réseaux sociaux se sont régalés à commenter le déhanchement ostentatoire. Too much mais on adore. Son bustier plastifié s'agrémente d'une jupe classique pied-de-poule et se poinçonne de cercles divers et variés. Son sac à main rétro s'emballe entièrement d'un pochon en mousseline. Tel un poisson pris dans un chalut. Why not ? Les gants trop évasés grimpent au delà des coudes. L'inspiration d'un look provenant de Monsieur Dior 1947. Assurément dans une veine décadente. La même, version jean couleur mastic, se dévoile entièrement plastifiée. Les pois reviennent partiellement et prennent des tailles variées. Ils peuvent s'adjoindre, en leur sein, de micro imprimé pied-de-poule que l'on retrouvera notamment sur un longiligne manteau en laine gris chiné. Le bermuda s'amuse visuellement des proportions en recouvrant la forme d'une jupe. Ce simple bermuda, dont les plissés augmentés donnent l'impression visuelle d'une jupe, est le résultat d'un travail inégalé de coupes et de constructions stylistiques. On l'adjoint d'un simple cardigan en laine, d'un smoking ou d'une veste minimaliste. Toujours en tonalité sombre. Quelques taches de couleurs viennent piquer ette présentation avec un parme sur une jupe évasée, totalement déchiquetée du buste à la taille. Un vert absinthe pour un caraco seconde peau. Des looks qui siéent parfaitement au masculin. Une mode troublante, édifiée de bric et de broc, exhalant un univers onirique et poétique. L'esprit de recyclage, à partir de surplus de matières, que l'on aurait sous la main, apparait comme un discours clairement décelable et identifiable dans cette proposition mode printemps/été 2024 édictée par John Galliano pour la Maison Margiela. Des vêtements qui transcendent les tendances pour allier, rallier et relier une seule anatomie qui se voudrait entièrement unisexe.
 

Maison Margiela

Printemps/Eté

2024

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Miu Miu Printemps/Eté 2024 par Miuccia Prada
De larges écrans plasma disposés à intervalles réguliers, prenant place face aux premiers rangs, diffusent tout le long de ce podium des vidéos de danseuses contemporaines aux mouvements décomposés, saccadées ; d'archers tirant de simples flèches ou bien d'immenses colonnes grecques. Le lien. Incontestablement le sport et l'esprit olympique. Des éclairs, un orage et un souffle venteux viennent accompagner la première silhouette. Blazer bleu marine, écusson griffonné Miu Miu sur la poitrine, polo marine signé Miu Miu, enfilé sur une chemise à infimes pavements saphir, bermuda/surfer ébène avec ceinturon intégré vert gazon, relevé d'un lacet laiteux, noué à la taille. Bref, la citadine qui se la joue briseuse de vagues. Une seconde pièce chocolat, dépasse imperceptiblement du premier, laissant à nouveau apercevoir le patronyme de Miu Miu. Miu Miu, Miu Miu, Miu Miu demeure inscrit partout. Urbi et orbi. Karolin Wolter, seconde à traverser le podium, enfile exactement le même accoutrement mais avec des tonalités plus chaudes. Son bermuda de surf alterne une charmante tonalité grenat avec une ceinture de couleur citrouille. Un suivant, de couleur émeraude, coruscant, s'enfile au masculin. Et oui, Miuccia Prada continue, depuis quelques saisons, à insérer des looks au masculin pour que ces messieurs puissent aussi piocher dans un vestiaire cool et juvénile. La spartiate se bâtit autour de jeux de cordes et de nœuds marins, de diverses intonations de couleurs. Dés le premier look, on ne peut pas être dupé, on est bien chez Miu Miu. Surtout avec les lunettes de vues rétro, dans un esprit complètement "Geek" ou nonagénaire. C'est selon les références. Les cheveux lâchés demeurent avec cet effet wet wet wet, un tantinet gras, avec un résultat "je sors de l'océan". Le solo de guitare électrique et les percussions de batterie paraissent parfois un peu pesants. La musique demeure un point crucial de la mise en scène et la distinguer demeure fondamental pour une meilleure lecture et compréhension du message stylistique. Quand le solo de batterie vous casse les oreilles et vous harponne perpétuellement les tympans, on perd le fil et le message de la présentation. Heureusement qu'en visionnant le défilé, on peut délicatement appuyer sur la fonction OFF. Ca fait tellement du bien. L'allure sportive escorte une certaine décontraction, voir nonchalance. La culotte corail s'imprègne à nouveau du nom maison. S'ajoute une chemise zippée crème, aux longilignes froufrous et, d'un imper bleu marine des plus classiques. Avec un col de chemise à moitié rentré à moitié sorti. Débraillée ma fille, tu seras cet été. Un look au goût du drapeau français. La mini, rikiki, se pare de quelques volants froufroutant, se plaquant à la culotte bleu Barbeau, griffonné toujours du Miu Miu notoire. Je me répète. Je me répète. Je me répète. Le message est redondant comme le solo de guitare électrique. Toujours étayé d'un blazer, d'une chemise exaltée et d'un polo monochrome. On est fan des micros pansements multicolores qui jonchent, de-ci delà, les bouts des orteils ou les tendons d'Achille. Selena Forrest se glisse, elle, dans une culotte de bain de tonalité tournesol. On s'amuse des contrastes entre haut et bas du corps. La partie supérieure demeure totalement dans un esprit intemporel, voire prepy, alors que la partie inférieure ne cache plus les gambettes, faisant place à une fantaisie estivale de rigueur. Une jupe droite en cotonnade peut assimiler des macramés surannés de dentelles, référence aux trousseaux textiles d'antan. Des chemises en cuir seventies prennent des couleurs de caramel, tabac et fauve. Miuccia Prada aime, aussi, incorporer des pièces cérémonieuses telle que cette oblongue robe, au tissu mordorée, rebrodée de nombreuses perles aux formes de corolles florales, dont elle associe un pull en laine élémentaire, col en V beige. La totale cool attitude sur Alix Bouthors. La version anthracite, col cheminé, laisse exploser un feu d'artifice de corolles dorées. Le bustier, configuration de pyramide inversée, se noue autour de la poitrine tel un simple bandana. Sans négliger de faire apparaitre discrètement le logo sur la culotte lorsque cette dernière dépasse subrepticement de la jupe taille basse, aux larges plissés. Tout est question d'appartenance. La version moutarde en cuir parait comme une multi dose de vitamines. La marque Miu Miu est intégrée à presque tous les vêtements de manière dissimulée ou dévoilée. On fait partie du fameux Miu Miu Club, n'est ce pas ? On le rabâche sans cesse. Un peu trop à mon goût. Les culottes prennent des tonalités mandarine, bleu Klein, vert olive, turquoise, marine, tournesol. La pièce peu onéreuse et forcement iconique. Un chandail, jaune topaze, se couple de quelques chaines diamants sur ses flancs. Une autre veste, en daim fauve, se couple avec un pantalon Chino marine. Ou inversement sur un look au masculin. Sempiternel. Les lacets d'une paire de New-Balance se différencient, eux aussi, par deux couleurs distinctes. Fashion moment. Quand aux derbys, on déambule sans sangler les fermetures. Un trench parme donne des allures de jeune fille de bonne famille à l'australienne Julia Nobis. On ajoute un collier gros diamants pour se donner des airs d'Anna Wintour. Rianne Van Rompaey hérite du look le plus primitif de la collection : polo blanc et jean marine. Quelques tee-shirts vitaminés, aux rayures bayadères, aux couleurs de pierres précieuses. Quelques pièces en matière gaufrée, entièrement Gold. On aperçoit sur le podium la danoise May Anderson, quadragénaire, qui a été l'égérie maison de la campagne Printemps/Eté 1999. Un véritable bond de vingt-cing ans en arrière. Beaucoup de beige idéalisé. Les rebords de vestes et jupes plissées s'ennoblissent d'ourlets en cuir châtaigne. Le détail qui fait toute la différence. Egérie de la maison Prada, Troy Sivan fait une apparition éclair sur le podium tout de bleu marine vêtu. Chemise à carreaux, débardeur traditionnel et bermuda surfeur. Un air sage pour celui dont le fond de commerce s'insinue par la douce provocation. Gigi Hadid fait, aussi, un passage remarqué avec une veste ample chocolat, rebrodée d'arabesques de feuilles en sequins anthracite. Idem pour sa jupe plissée. Cette saison, Miu Miu mélange une allure sportive avec une certaine décontraction. Des basiques classiques se mixent avec une préciosité de certaines matières. Avec une certaine désinvolture, la femme Miu Miu fera mouche, comme d'habitude. Une mode qui ne se prend pas au sérieux mais qui pourtant offre l'apparence d'être murement réfléchie. Raisonnée. On a l'air débraillé mais on ne l'est pas. On a l'air apprêté mais on ne l'est pas. On a l'air sportif mais on ne l'est pas. Finalement, la maison milanaise propose une mode pour le Printemps/Eté 2024 qui s'apparentera à "une Miu Miu Girl qui s'amuse à ne pas l'être". Va comprendre.
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Miu Miu

Printemps/Eté

2024

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Paco Rabanne Printemps/Eté 2024 par Julien Dossena
Le top néerlandais que tout le monde s'arrache, Rianne Van Rompaey, déboule d'un pas décidé sur le podium Paco Rabanne Printemps/Eté 2024. Conquérante, elle l'est. Un tantinet altière, Rianne incarne parfaitement l'image que l'on pourrait imaginer d'une amazone contemporaine. Une indomptable guerrière. Une wonder woman. De celle qui agirait dès que le combat lui semble juste. Surtout avec cette robe éhancrée, super sexy, en métal fluide, presque liquide. Simple et d'une longueur infinie, le podium demeure immaculé. Une autostrade pour des vêtements qui se veuillent d'exception. Car chez Rabanne, il est souvent question de singularité. L'action d'œuvrer continuellement le métal pour le réformer en des pièces et robes délicates apparaissent chaque saison comme un challenge pour son directeur artistique, Julien Dossena. Car il est notamment attendu pour cela. Mais pas que. Se réinventer sans cesse demeure ici toute la difficulté. Il faut puiser dans son imaginaire et sa créativité pour faire jaillir des pièces inédites, novatrices, tout en restant identifiables en une fraction de seconde. Et dés le premier look, c'est gagné. Rianne Van Rompaey se pare d'une robe en voile de métal argenté dont la coupe n'est pas sans évoquer les robes de vestales grecques. Les spartiates, en cuir argentés, sont à hauteurs de genoux. Les ceintures ourlées de sphères en métal dorées, de billes argentées et chaines claquent à chaque pas. Une mode musicale. Qui fait du bruit car le métal s'entrechoque et diffuse un clic clac sonore ensorcelant. Ce podium immense permet aussi à chaque invité de scruter précisément les propositions stylistiques de Julien Dossena. Des accents moyens-orientaux éclosent et éveillent le regard avec une envie de s'enfiler dans ces looks. Des sarouels. Des coupes pyramidales, forme en V. Des robes de princesses digne d'un conte des mille et une nuits. Des pantalons et combinaisons amples s'agrémentant, ici et là, de micro clous argentés et dorés, diffractant la lumière telles des rivières de diamants. La veste d'Alix Bouthors, à la tonalité chamoisine, laisse apparaitre de larges découpes au creux des reins, s'ourlant de fils en métal en son pourtour. Une ceinture artistique, complètement sculpture, quadrilatère de bulles en métal ambrées et argentines, vient enserrer la taille de la française Apolline Rocco Fohrer. Sa robe à capuche crème demeure mini-mini. Ses spartiates, en cuir chair, se composent de triangles cumulés et hissés les uns aux dessus des autres. Iroquois style. Les cagoules en métal demeurent dans une veine chevaleresque. En quête d'aventure, la femme Paco Rabanne s'essaie à la démarche de "croisés" du XVème siècle. Toutefois, additionné de pampilles et chaines en métal, elles déploient un message plus doux, plus sensuel. Celui d'un accessoire de mode digne d'une odalisque moyenne-orientale. Le métal s'exhibe sur l'ensemble de la collection. Une ode totale au travail de monsieur Paco Rabanne. Sacha Quenby se vêtit d'une combinaison intégrale, en métal dorée, incluant une cagoule et ses pampilles. Cependant, l'ajout d'une ribambelle de plumes de paons, au niveau du buste, véhicule une certaine légèreté au métal, parfois un peu pesant. Une manière, aussi, d'estomper le clinquant du métal Gold. Julien Dossena n'a pas lésiné sur l'utilisation des tonalités d'or et d'argent. Une proposition qui se veut brillante, voyante, totalement tapageuse. Une certaine idée du bling-bling, mais demeurant dans une certaine élégance tout de même. Loin d'être vulgaire. Chu Wong se pare d'une tunique composée de centaines de triangles en métal cuivré, reliés par de fins anneaux. Les plumes de paons ourlent son buste mais aussi le bas de sa robe. Des milliers de franges peuvent venir achever une robe cuirasse tel que sur Emm Aruda. Sur Mathilda Gvarliani, sa robe en lamé réitère la conformation d'un look de princesse persane. Bustier à la configuration de papillon, laissant apercevoir le nombril. Oblongue jupe serrée à la taille comme il le faut, puis dévalant jusqu'à frôlé le sol. Les sequins irisés crépitent sur le marcel et pantalon Baggy de Julia Nobis. Ca pétille sur ce look tout en transparence. Mais, la carnation diaphane de cette dernière ne laisse rien entrevoir de sa nudité suggérée. Un teint sur ton réussi. Le travail sur toutes les pièces en métal est redoutable. Elles sont ajustées aux millimètres. Les ultimes formes apparaissent régulièrement en tournure triangulaire mais pas seulement. Les quelques sacs dévoilés sont de facture classique. Ce sont surtout des hits maison qui s'agrandissent ou rapetissent. Des manchettes en métal argenté, comme celle de Wonder Woman, accompagne le look d'Anouck Smits. Selena Forrest clôt le défilé en princesse conquérante. Son top en tissu argenté s'enroule sur le buste tel une étole. Sa jupe à l'indienne, maintenue à la taille, fusionne mousseline bleu ciel et tissu en métal argenté. Une dichotomie entre légèreté et solidité. Une proposition radicale qui se fonde complètement dans l'univers de Paco Rabanne. Julien Dossena a su exhaussé une fois de plus l'univers Rabanne en un parti prix puissant et vigoureux qui, avouons-le, ne sera pas requis pour toutes les femmes. Toutefois, si l'on désire véritablement et profondément harponner un des looks de ce Printemps/Eté 2024, on peut définitivement admettre que cette femme sera audacieuse, hardie et courageuse. Une femme armée pour tous type de combats.
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Paco Rabanne

Printemps/Eté

2024

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Prada Printemps/Eté 2024 par Miuccia Prada + Raf Simons
Un set design à la saveur contemporaine, tel est l'impact visuel qui imprègne l'esprit en pénétrant le décor de la présentation Prada Printemps/Eté 2024. C'est un mélange de couleurs pastels qui saute aux yeux : melon pour le sol, rose dragée pour le plafond et gris souris pour les périphéries et murs. Des quadrillages métalliques, toujours melon, viennent cependant encadrer le sol présageant de futurs effets spéciaux. Miuccia Prada et Raf Simons ont souhaité réitérer l'effet "Blub", usité lors de la précédente présentation masculine. C'est à dire des cascades d'eau gélifiée suintant et dégoulinant du plafond. Pour être novateur et surprendre l'auditorium de cette présentation féminine, ils auraient du, à mon humble avis, colorer ce gel pour générer une différence esthétique entre les deux présentations. Par exemple, en melon ou rose pastel. Là, c'est un peu du "déjà vu". C'est la new-face belge, Jolien Bosmans, qui déboule en première place sur le podium. Un bandeau en mousseline délicatement posé sur le front dispense, à la fois, d'un air de ressemblance avec une diseuse de bonnes aventures ou d'une danseuse des années 20. C'est selon ses références. Un short en popeline mastic à la forme d'arc boutant ; une veste/chemise aux manches oblongues ; un châle aux pois perlés en mousseline déposé sur le buste ; ce premier look joue des contrastes entre une rigueur assurée au niveau du buste et une sensualité redoublée par un dévoilement total des jambes. On s'amuse aussi de la dualité redondante entre masculin/féminin. Un grand classique de la mode. La surprise sera au rendez-vous avec la survenue des robes pastel, d'une droiture de colonel, au design minimaliste. Tout détone et déflagre dans le choix du tissu en nylon ultra-light qui permet, d'un simple soupir, de faire virevolter l'ensemble des rubans, pans et lès aux moindres mouvements. Un tissu technique développé exclusivement par la marque donne, ici, toutes ses lettres de noblesse à la maison Prada. Un textile difficilement trouvable ailleurs que chez Prada. Avec un jeu de superposition, il émane des effets moirés et irisés, tels les rayons du soleil sur une cascade corporelle. De couleurs chamois et bonbon, ils reprennent parfaitement les tonalités de la peau. Les vestes de costumes s'enfilent dans les pantalons. Elles donnent l'impression qu'elles récréent les fameux codes visuels de la combi-aviateur. Les épaules demeurent une fois de plus extra larges. Presque pyramidales. La taille reste cependant extra fine par l'intermédiaire de ceintures en cuir qui enserrent bien le bassin. Le pantalon se fait cigarette. La jupe droite, en mousseline anthracite, peut s'additionner sur un short. L'immense châle demeure toujours élégamment posé sur le buste, se faisant complètement capeline. Les imprimés demeurent élémentaires. Ils harponnent la configuration de roses primaires, de simili feux d'artifices ou d'éventuels jets d'eau. Quelques strass diamants peuvent venir surligner quelques-uns de leurs contours. Le foulard/capeline peut se réaliser comme chemisier. Des sublimes chemises anthracites superposent imprimés naïfs de marguerites aux tonalités ciel, pistache, violet avec des lès de micro-fils dansant. Remarquable. Quand les jeux de fils se superposent à l'imprimé, ils recréent le même dessin au millimètre près. Un travail minutieux de montage réalisé avec précision. D'autres chemises filins, plus girly, prennent des tonalités de guimauves tels que le ciel ou l'anis. Quelques jupes s'habillent de centaines de micro-fils mais, cette fois, argentés. Elles se rehaussent de shorts gris-souris pour ne pas être trop dénudés. Quand celles-ci se teignent d'Or, elles deviennent bijoux de corps. D'autres jupes filins incorporent, de-ci delà, des cercles rivetés. Un concept de filature captivante, notamment pour les fanas de mode. Des chemises, en popeline blanche, incorporent, elles-aussi, ces cercles rivetés à intervalles réguliers. Elles peuvent être superposées de chemises en mousseline sombre aux motifs feux d'artifices ou tourbillons. On peut créer un melting-pot textile avec toutes ces pièces pour engendrer et condenser l'esprit Prada de cette saison. Le cardigan en cachemire vient se poser finement sur une robe en panne de velours vert-de-gris et légèrement froissé. C'est tendance. La transposition carbone s'agrémente de rivets et de broderies diverses. Une parka en denim bleu marine (grenat ou chamois) vient dissimuler la folie d'une chemise filin et d'une jupe crayon en mousseline carbone. L'escarpin satiné, de couleurs vives de préférence, demeure effilé comme la pointe d'un marteau. Des robes en cuir chiffonnées, d'allure basique, se couvrent, elles aussi, de clous argentés composant des tracés de feux d'artifice et de lignes géométriques. Une facette moins farouche. Prada continue d'accroître un désir pour des vêtements d'apparence classique. On s'écarte des années aux imprimés forts et puissants, marquant chaque saison. Aux thématiques bien huilées comme Frankenstein, Comics ou Automobile américaine des années 60. Que s'est-il passé ? L'arrivée de Raf Simons. Ce dernier s'immisce toujours un peu plus dans l'univers de la maison milanaise. Le design textile s'orient vers des coupes plus épurés. Plus cadrés. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Le client en sera seul juge. Toutefois, ces derniers qui affectionnaient tant le Prada de Miuccia se sentiront peut-être un peu lésé par le Prada de Raf Simons. Il n'y a plus cette petite étincelle qui faisait réfléchir. "Est-ce que j'ai adoré cette nouvelle collection ou pas ?", "Est-elle dans l'air du temps ?", "Est-ce de mauvais goût ou non ?". Toutes ces réflexions ont disparu pour se recentrer vers des propositions de looks qui se veulent plus commerciaux. Beaucoup plus conciliants. Néanmoins, la maison milanaise avait besoin de sang neuf, de nouvelles propositions et se renouveler. Miuccia Prada devra à un moment passer le flambeau. Mais, est-ce que Raf Simons sera le designer adéquat pour mettre en exergue l'univers de la maison Prada ?
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Printemps/Eté

2024

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Saint-Laurent Printemps/Eté 2024 par Anthony Vacarello
Toujours face à la Tour Eiffel, le show Saint-Laurent a pris place sur l'esplanade du Trocadéro. Cette fois, pas de chapiteau. A l'air libre, des immenses pans de murs en marbre se tiennent verticalement et se positionnent derrière chaque invité. Telles des stèles, presque des monolithes. Chaque pièce de marbres dessine des zébrures kaléidoscopiques dont les camaïeux s'échelonnent entre des grèges, tabac ou beiges. Des murs hypnotisant, magnétisant, aimantant les regards vers le gigantesque logo YSL apposé fermement sur le mur principal. Que la force créative de dame nature est remarquable. Aussi, sans y faire véritablement attention, le prénom d'Yves refait son apparition. La maison avait depuis quelques saisons reléguées le patronyme pour ne laisser place qu'à Saint-Laurent. Quel bien m'en fasse de lire à nouveau ce prénom si respecté. Probablement concéder et insuffler un sens plus aigu au sein de cette prestigieuse maison de couture parisienne. Un sigle tellement iconique. Merci Anthony Vacarello de nous le remémorer. Une reconnaissance ? Une renaissance ? Sans Yves, il n'y a pas de Saint-Laurent. Remettons les valeurs sures à leur juste place. En repérant les premières silhouettes arrivées sur le parvis du Trocadéro, hiératiques, Anthony Vacarello a une envie irrépressible de dialoguer avec Yves. Mais également à Yves. Un discours à double sens. Dés l'ouverture du show, la voix de Catherine Deneuve, égérie de la marque depuis tant d'années, susurre à l'assemblée : "Saint-Laurent Printemps/Eté 2024". Miss Aleyna Fitzgerald monte calmement les quelques marches dans une combinaison saharienne en gabardine de coton parfaitement ajustée. Ceinture en cuir tabac, lèvres rouges, cheveux en tirés en arrière, épais bracelets en bois, boucles d'oreilles géométriques contemporaines, gant en cuir chocolat, elle est disperse cette image sacrée de l'essence intrinsèque de ce qu'est le style de Monsieur Saint-Laurent. Classique, intemporel, pérenne et un brin pionnier. En tonalité ébène ou vanille, ces combinaisons sahariennes pourront devenir un classique permanent du dressing de la parisienne. Les escarpins en cuir se font aiguilles et s'achèvent avec un aspect effilé. Le marcel s'accouple d'une boutonnière qui, une fois entrouvert, laisse discerner la naissance, sans aucune frivolité, d'une poitrine. La jupe saharienne s'offre une fente faciale. La cagoule peut venir joliment s'enfiler sur une tête, insufflant cet esprit des aviatrices des années 20. La longue écharpe ocre, en mousseline, voguant au vent laisse divaguer l'esprit vers les cieux. Toutefois, si l'esprit divague excessivement, cette cagoule pourrait s'abandonner à l'imagerie du milieu masochiste. Surtout en cuir anthracite. Malgré cela, la saharienne s'invente à nouveau et peut offrir diverses configurations : saharienne avec bustier intégré ; saharienne blouse d'infirmière sur Alix Bouthors ; Saharienne combi d'aviateur ; d'autres s'offrent la légèreté, l'évanescence d'une mousseline dispersant la notion d'une féminité plus assumée. Les diverses propositions demeurent cependant d'une facilité extrême à enfiler. Presque comme un bleu de travail. Un esprit coïncidant parfaitement à notre époque. Toutefois, rehaussées de solaires, ces sahariennes concèdent une certaine condescendance aux filles. Voire inaccessibilité. Le longiligne trench de Rachel Marx s'agrémente d'un saillant col cheminé. Une poche asymétrique vient se greffer au niveau de la poitrine. Le kaki parait vraiment cool sur cette pièce. Un simili body, possiblement maillot une pièce, s'enfile sous une jupe crayon. Toujours fermement ceinturé à la taille. Le casting mêle à la fois des new-faces comme Sascha Rajasalu, Angelina Kendall ; des tops confirmés comme Anok Yai, Loli Bahia, Vittoria Ceretti ; des icones comme Du Juan, Anja Rubik, Eva Herzigova et des femmes d'un âge plus mur comme Anna Juvander ou Bethany Nagy. En résumé, la saharienne demeure cette pièce vestimentaire intergénérationnelle. Des robes Marcel paraissent d'une simplicité déconcertante : alcalescent sur Mila Van Eeten, moutarde sur Lucas Gadjuf. Des bodys limpides, seconde peau, laissent exhiber les bustes malicieux d'Anja Rubik et de Mica Argañaraz. Le pantalon se fait cargo. On s'amuse des proportions en alliant "tiny" avec l'extra large. La voix de Catherine Deneuve revient titiller les oreilles de l'audience : "N°46 robe en mousseline Chocolat. N°47 robe en mousseline de soie noire. N°48 combinaison saharienne en crêpe de soie noire". Sur la mélodie de "The First Rebirth" de Jones & Stephenson, les dernières robes, aux plissés déliés, en mousseline de soie tabac, ébène, chocolat, font figures d'apothéose. Elles flottent au vent tel un étendard Saint-Laurent tentant de défier le dieu Eole. Il y a véritable hommage à la saharienne, pièce singulière créée par Yves Saint-Laurent dans les années 60. Presqu'un discours unique, une vénération car l'ensemble de cette collection s'inscrit autour de la démultiplication de la saharienne en attaquant aussi bien sa modélisation, les choix de matières, l'agencement avec les accessoires et l'ensemble des tonalités déclinées du beige au grège, vanille, tabac, chocolat, miel, fauve, sable, safran, ambre, chamois, kaki, etc.… La bande son de SebastiAn amène une dramaturgie. Les filles défilent telle une procession dévote. Elles impressionnent. Je crois intimement que Monsieur Yves Saint-Laurent auraient adoré concevoir cette collection. Des vêtements qui livrent une confiance et une assise avérée à la femme. Anthony Vacarello a renouvelé cet esprit Saint-Laurent avec la patte d'Yves. Avec prestance et hauteur, il a totalement intégré, ingéré et absorbé son esprit. Créant une collection Printemps/Eté 2024 magique.
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Valentino Printemps/Eté 2024 par Pier Paolo Piccioli
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Versace Printemps/Eté 2024 par Donatella Versace
 
 

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